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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Nasreddin

Publié le 25 Mai 2021, 18:17pm

Catégories : #Culture, #Nasreddin Hodja

J'affirmais, dans mon dernier ouvrage, que le Philogelos est une des sources dont sont issues les anecdotes Nasreddiniennes. Et en ai donné pour preuve l'anecdote de l'intellectuel vendant sa maison.

Pour mémoire, cela donne ceci :

41 : Un intellectuel qui vendait sa maison, trimballait avec lui une brique en échantillon.
 
Et voici son élaboration Nasreddinienne :
Au kahvéhané, un étranger débarque, attirant les regards sur son aspect étrange : visage émacié et regard rivé vers le lointain. Ses propos sont paradoxaux, voire blasphématoires dans cette petite communauté. Les auditeurs se massent autour de lui, parmi lesquels se glisse notre hodja.
Parmi tant d’autres élucubrations, l’étranger affirme que le Prophète n’aurait pas reçu ses révélations de l’archange Djibril, mais d’un certain Byzantin, du nom de Ya’ish. Excédés par ses propos délirants et provocateurs, les auditeurs finissent par l’interpeller un peu brutalement :
– Parler ainsi de religion sans preuve, c’est donné à n’importe quel âne ! Donne-nous donc une preuve, ne serait-ce que minime de ce que tu avances – si tu le peux – ou alors tais-toi !
L’inconnu sort alors un gros livre de son djubbé et l’étale sur la table, devant les autres, interdits :
– Voici la preuve de ce que j’avance, ignorants ! Et j’en suis l’auteur.
Un silence de plomb tombe sur l’assistance : un livre ! Dont il est l’auteur ! En plus, écrit en persan, langue que personne ne sait déchiffrer.
Le lendemain, l’étranger parti, Nasr Eddin débarque au café et, du seuil, claironne :
– Je vends ma maison, les gens ! Qui veut acheter ma maison ?
– M’enfin, Nasr Eddin, tu n’as pas de maison à toi ! Tu as toujours été locataire.
– Bien sûr que si j’ai une maison à moi, et je la vends !
– Quelles sornettes nous racontes-tu encore ?
Le hodja sort alors de son djubbé une brique, et la posant sur la table devant lui, il affirme :
– J’ai une maison, la preuve la voici ! Et c’est moi-même qui l’ai bâtie.

Aujourd'hui, nouvel exemple :

18 : Un homme achète un esclave, qui meurt peu après. Quand il va se plaindre auprès du marchand d'esclaves, celui-ci lui rétorque :
« Pourtant durant tout le temps où il m'appartenait, je vous assure qu'il ne lui est jamais arrivé de mourir ! »

Et voici la version Nasreddinienne :

Nasr Eddin a réussi à vendre son vieil âne, mais, quelques jours plus tard, l'acheteur revient furieux en se plaignant que l'animal vient de mourir.

-- Tu m'étonnes beaucoup, lui répond le Hodja, car avec moi, il s'est toujours bien comporté. Tu n'as sûrement pas su t'y prendre avec lui. (J.-L. Maunoury, Sublimes paroles et Idioties)

 

Nasreddin

Et encore un :

142 : C'est un médecin qui soigne un homme spirituel qui souffre des yeux : tout en lui mettant de la pommade sur les yeux, il lui vole une lampe. Un beau jour, le médecin lui demande :
« Comment vont vos yeux ?
-- Depuis que vous m'avez traité, répond l'homme, je ne vois plus la lampe... »

Et la version Nasreddinienne :

Nasr Eddin n'a plus du tout de bons yeux. La plupart du temps, une sorte de brouillard vient s'interposer entre lui et les choses.

Un soir, il a subitement l'impression que son mal s'est aggravé. Très inquiet, il fait appeler le médecin, lequel, après l'avoir bien examiné, lui applique quelques gouttes de collyre. Puis, la nuit étant complètement tombée, l'homme de l'art s'en va en empruntant à Nasr Eddin sa lanterne.

Quelques jours après, les deux hommes se rencontrent dans la rue, et le médecin demande à son malade si le médicament a été efficace.

-- Je ne sais pas, répond le Hodja, car le jour j'y vois mieux qu'avant, mais la nuit, en revanche, je n'y vois absolument plus rien. (Ibidem)

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