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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Abstémius - Hécatomythia

Publié le 10 Juin 2021, 00:56am

Catégories : #Culture

Abstémius - Hécatomythia

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

Sans vouloir remonter à l’origine de la Fable, sans vouloir approfondir si elle doit sa naissance (comme je le crois) à l’invention des caractères symboliques, ou à l’allégorie dont elle paraît être au moins une imitation ; sans vouloir rechercher si Ésope et Hésiode en sont les premiers inventeurs, je dirai que la Fable, qui, dans le fond, n’a pas l’énergie de la vérité que présente l'histoire, peut cependant concourir de la même manière à notre instruction, parce que, comme l’histoire, elle tend à la recherche du vrai, et quelle peut le rendre sensible. La Fable, en un mot, est nécessaire pour corriger nos ridicules, et la morale qu’ elle contient ne reste guère sans effet.

Ces considérations m’ont porté à traduire les Fables d’Abstémius. Cet auteur ne peut pas souffrir le détail ; mais ses Fables, dont plusieurs pourraient être appelées des contes, portent avec elles un caractère qui leur est particulier. La simplicité du latin dans lequel elles sont écrites, a même quelquefois de quoi plaire aux amateurs de la belle latinité.

Abstémius, sans être un homme absolument savant, était aussi instruit qu’agréable professeur de belles-lettres, à Urbino, et Bibliothécaire du Duc Guido Ubaldo, sous le pontificat d’Alexandre VI. Nous avons de lui des notes sur les Auteurs anciens, une préface sur l’Aurélius Victor, imprimée à Venise en 1505, et les Fables dont j’offre la traduction. Plusieurs Auteurs croient qu’Abstémius n’a composé que cent Fables ; mais l'édition latine, d’après laquelle j’ai traduit, en contient cent quatre-vingt-dix-neuf, que je n’ai pas tout-à-fait rendues à la lettre, parce que les expressions trop libres de l’original, demandent certains ménagements dans notre langue.

Les traits satyriques qu'on reproche à l’Auteur, contre le Clergé, ne sont point une insulte pour cet ordre en général. Il a voulu montrer le ridicule de certains individus, sans manquer à la considération que mérite l’état ecclésiastique. Il est de l’essence de l’homme d’être faible et dominé par les passions ; les prêtres sont soumis à la même faiblesse ; et si quelques-uns ont succombé, ils ont été attirés par un penchant que la nature semble excuser. Leurs fautes ont servi à augmenter leur circonspection.

Abstémius paraît n’avoir eu pour but que la plaisanterie, dans cette espèce de Satyre ; il donnait des Fables, et c’est tout dire. Le mot seul lui sert d’excuse.

Il me paraît plus libre à l’égard des femmes. Il en parle d’une manière à nous laisser croire, ou qu’elles étaient bien peu considérées, de son temps, en Italie, ou qu’il ne fréquentait que celles dont les mœurs n’étaient pas absolument épurées. Quoiqu’il en soit, cet Auteur m’a paru mériter d’être traduit, et je l'ai fait de manière à conserver sa diction. C’est le seul Auteur qui se soit permis d’être original, depuis Ésope, du moins n’en connais-je pas qui ait osé donner des Fables de sa propre imagination ; et, si quelquefois on rencontre dans Abstémius des imitations de ce père de la Fable, sa maniére de raconter, y fait trouver le mérite de la nouveauté.

Le précepte pourrait quelquefois être mieux appliqué, et sans y rien changer au fond, j’ai cru devoir le rendre plus bref et moins compliqué, ainsi que le texte de chaque Fable. ...

Abstémius, comme je viens de le dire, n'a pas toujours tiré de ses Fables, le précepte qu’on en pouvait espérer, et dont elles étaient susceptibles ; il est cependant vrai de dire qu'il a atteint le but que tout Fabuliste doit se proposer ; il a donné des vérités morales, sous le voile de la fiction.

Ces vérités ne paraissent pas en tout leur jour, dans certaines Fables, dont la morale est diffuse ; aussi Abstémius lui-même dit-il dans sa Dédicace au comte Octavien Ubaldin, qu’il en a supprimé plusieurs. A l’entendre, lui-même n’en présente que cent, soit qu’effectivement il ait eu l’intention de se borner à ce nombre, soit qu’en comptant par centaine, il ne puisse pas donner d’autre nom à son ouvrage, que le titre latin Hecathomythium, quoique ses Fables soient au nombre de cent quatre-vingt-dix-neuf, suivant l'édition latine que j’ai sous les yeux.

On pourrait peut-être reprocher à cet Auteur, d’avoir composé ses Fables en prose, quoique généralement la poésie leur prête plus d’agrément : mais, comme la simplicité est le plus bel ornement de la Fable, ne serait-on pas fondé à dire que la prose est plus convenable ? La poésie oblige à des tours de phrases qui souvent guindent, pour ainsi dire, la narration, et ôtent une partie de l’intérêt que la simplicité de la prose inspire. ...

Je dois faire observer, en finissant, que, quelque faibles qu’eussent pu me paraître certaines Fables de mon original, j’ai dû nécessairement les traduire ; parce que le génie d’un Auteur ne peut bien se connaître que par la comparaison de ses ouvrages. D’ailleurs les fables d’Abstémius ont été composées lors de la renaissance des lettres en Europe ; et il n’est pas hors de propos de faite connaître quel était le génie de cette nouvelle enfance de la Littérature.

M. PILLOT, 1814

14. LA FEMME.

Le Père d’une jeune Femme, dont le mari était à l’agonie, lui dit, pour la consoler : « Ne t’afflige pas, ma fille ; je t’ai trouvé un autre mari, beaucoup plus beau que le tien, et qui adoucira facilement le regret que tu as de le perdre. » Mais la Femme ne pouvant retenir ses pleurs, et comme si elle eut aimé son mari avec passion, rejetait non seulement les propositions de son père, mais les regardait même comme faites à contretemps. A peine vit-elle son mari mort, qu’au milieu des pleurs, elle demanda à son père si le jeune homme qu’il voulait lui faire épouser, était présent.

 

A peine un mari est-il mort, que d’ordinaire sa femme l’oublie.

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