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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Frederick (portrait)

Publié le 20 Juin 2020, 15:59pm

Catégories : #Portraits

photo ne correspondant pas à l'héroïne portraiturée

photo ne correspondant pas à l'héroïne portraiturée

Le prénom est déjà, je pense, assez rare. Je n’en ai connu, en tout et pour tout que 3 occurrences jusque-là, une Italienne avec les tonalités de son pays (Federica), et deux avec une graphie normale –ou plus classique disons. Il faut dire que cette terminaison très viking, surtout pour une fille, me parait quand même assez inhabituelle.
Enfin bref, si elle me lit, elle se reconnaitra forcément.

Je l’ai trouvée sur un site à l’intitulé cocasse –pour ne pas dire ridicule- : « Amours Bio », où se battaient 3 tondues et une pelée et dont l’abonnement était relativement modique : 15€ de mémoire pour un trimestre, que je n’ai d’ailleurs pas renouvelé, on devinera aisément le pourquoi. Je ne sais s’il y avait des sites de rencontres gratuits à cette époque –celle de mon divorce, 2009. Du moins je n’en avais pas connaissance. Et l’investissement s’assimilait bien plus à une perte de fonds.
Toujours est-il que je répondis à son annonce ; je ne me souviens plus de sa formulation exacte. A ma grande surprise, elle me répondit en retour. D’habitude, une grande majorité d’esseulées (ou soi-disant telles) me snobaient et m’ignoraient magnifiquement ; mais là, il semblait qu’il n’y ait pas un chat, ou bien alors je paraissais correspondre à son idéal masculin. En tout état de cause, je ne m’attribuais pas -ou peu- de mérite.

Il s’agissait d’un petit bout de femme, blonde apparemment naturelle, cheveux mi- longs, avec un visage à l’ovale tirant sur l’arrondi. Elle m’envoya une photo d’elle qui me la fit trouver charmante physiquement, bien qu’au fil des conversations je la trouvais un peu naïve. Pas idiote, juste candide. Nous échangeâmes par mail par la suite, moyen bien plus commode que de transiter par le site et son ergonomie un peu lourde.
Les échanges devinrent réguliers. Pourtant, je n’ai pas souvenir que nous ayons franchi un pas supplémentaire, par une conversation téléphonique par exemple. La gentille demoiselle habitait la région grassoise d’où elle semblait originaire –elle m’a parlé d’une tante voisine.
En somme, la relation fut assez déliée, mais l’intimité pas suffisante pour qu’elle s’ouvrît parfaitement, à évoquer son passé notamment. Ou bien l’ingénue n’en avait-elle pas ? Improbable, tout de même, arrivée à la quarantaine…Tout juste ai-je appris qu’un gars était venu squatter avec son camping-car à proximité ; cela a dû la rendre quelque peu méfiante. Et aurait peut-être expliqué ses réticences.
Néanmoins, elle était fort plaisante mais même ses anecdotes restaient assez marginales et évasives. En résumé, je ne savais pas grand-chose d’elle, et l’intimité de façade était une sorte de village Potemkine. Un peu comme avec les Savoyards que j’ai connus : d’un abord accueillant et très polis en façade, mais tu n’entres pas dans leur intimité.

Entre-temps, ayant migré de Paris vers la province de l’Est, je tentais de refaire ma vie ; il devenait de plus en plus clairement évident que ce ne serait pas avec elle, puisqu’il n’était pas question de rencontre physique, et qu’elle n’envisageait ni de me recevoir chez elle, ni de venir vers moi. Aussi, me rendant compte que, secrètement amoureux d’elle, cela m’empêchait de voir ailleurs, plus proche de moi, je saisis la problématique un jour à bras le corps.
Ennemi des situations fausses et confuses, je me décidai à crever l’abcès, et lui annonçai la fin de notre correspondance –puisque notre relation avait mué irrémédiablement vers l’épistolaire. Sa réaction fut véhémente quoique policée. Je lui mis le marché en main, et ce que je pensais se confirma : elle se trouvait extrêmement contente de l’état actuel de notre relation, n’en envisageait aucune évolution, et excluait toute rencontre et a fortiori toute évolution physique. En résumé, elle m’avait friendzoné, comme il est coutume de dire maintenant.

Je lui exposai que je ne pouvais pas continuer de la sorte. Elle s’exclama que c’était ridicule, trouvant beaucoup de plaisir à me lire, et qu’elle ne voulait pas s’en priver. Bref, tout pour elle, rien pour moi. Elle s’en accommodait fort bien, pourquoi pas moi ? Ben voyons !
A vrai dire, aujourd’hui, je n’aurais sans doute plus tranché de façon aussi catégorique. J’aurais certainement agi avec l’hypocrisie de notre époque, espaçant mes messages, avant de me rendre muet définitivement. Cela serait revenu au même, mais aurait passé pour plus « soft ». C’était l’intelligence même, mais à quel moment me suis-je montré intelligent ?
Du coup, elle me bloqua, par mail, et sur Facebook, où elle me suivait auparavant et commentait mes événements.

Pris de remords quelque temps après, j’ai tenté de renouer le contact. Lettre morte. J’ai tenté de faire intervenir des connaissances à elle. Je me souviens avec un sentiment de fureur la leçon de morale d’une de ces rombières, m’expliquant que si  Frédérick  refusait de me contacter ou répondre, c’était sans doute à juste titre. Et que je l’avais mérité.
Je viens de retrouver fortuitement un de ses commentaires sur une photo publiée il y a 10 ans tout juste, et que seul Facebook sait exhumer si opportunément pour te les jeter à la figure.
C’est marrant, j’ai toujours au fond de moi une certaine tendresse à son égard. Mais je m’interroge sur le bien-fondé de ma rupture, et si sa réaction n’était pas celle d’une connasse (comme dirait ma copine P.) de plus.

Décidément, je vieillis. Je revisite mon parcours, et lance des hypothèses : que serait ma vie devenue si… ? Et malheureusement, je n’ai pas les réponses.

D’après de récentes découvertes scientifiques, l’éventualité de mondes parallèles ne serait plus à écarter, et paraitrait même plus que probable. Sans doute, dans une vie parallèle, nous sommes-nous rencontrés et avons-nous vécu le bonheur, que cela continuerait indéfiniment pour l’éternité –ou peut-être cela se serait-il soldé sur un drame…
Je pense que je ne serai jamais en mesure de le savoir, pas plus que ce qui se serait passé avec Makhi1, Anna2, Evelyne3, Tatiana4 et toutes les autres. Quant à ces autres moi, qui auraient vécu, ou vivraient, avec toutes ces femmes –chacun sa chacune-, peut-on sérieusement affirmer qu’ils sont des autres moi ?

(1,2 et 4) Je n’ai jamais parlé de ces jolies gazelles, peut-être le ferai-je un jour…
(3) voir son portrait

PS: suivez le lien: https://www.courrierinternational.com/article/espace-selon-une-etude-britannique-la-voie-lactee-pourrait-abriter-36-civilisations?fbclid=IwAR2jkDXvI1wXIUqergMiUCqXDFK-3IBgqcJlPQUksxNxJ4VF6vtl6OR-gR8

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