Cette image me rappelle un bref moment de jouissance, alors que j'étais dans la merde jusqu'au cou, et que personne n'est venu pour nous prêter main-forte.
Recadrons : affecté au Cadastre, en Seine-St-Denis, alors que je sortais frais émoulu de l'ENI (- défunte, aujourd'hui ENFIP : même programme de merde, avec toujours les mêmes cons à vous diffuser la propagande officielle, repoussant les vrais problèmes aux calendes grecques), à la tête d'une équipe de 3 agents alors que le Tableau des Emplois en prévoyait 61.
Manque de formation appropriée, manque de temps à l'équipe auprès de laquelle je pêchais des renseignements et qui m'envoyait bouler car surmenée. J'avais constaté que les pétasses des autres services, se prenant pour des marquises, prétextaient de l'excuse de venir retirer le courrier pour alpaguer et tenir la jambe de mes agents.
J'ai donc, dans un premier temps, revu la disposition du mobilier et mis un frein à ces dilettantes fort importunes, à leur grand dam - les pauvres chéries étaient frustrées de ne plus pouvoir colporter leurs ragots puants. La case courrier était désormais juste à côté de la porte d'entrée ; elles n'avaient donc plus de motif de traverser tout le service pour former des bouchons en plein milieu, alors que nous courrions de toute part, sans que cela les émeuve autrement.
Dans un second temps, pour parachever cet ouvrage d'assainissement, profitant d'un prospectus pour une grande enseigne, j'affichai sur la porte du service l'image d'une planche à repasser, avec des annotations : "tapis de souris", "souris" pour le fer à repasser en promo ; et, pour finir d'enfoncer le clou, un parasol avec des caisses de boissons et autre bibine, avec la mention "ici on bosse".
L'effet fut bien plus rapide qu'espéré. Je n'eus droit à aucune question, aucune réflexion. Simplement une désertification du service auparavant encombré et des regards, non pas en coin, mais par en-dessous. Le second degré, elles ne connaissaient pas, ni tous les autres qui suivaient ; en revanche, le message avait été assez clairement perçu.
En mon fort intérieur, j'étais explosé de rire. Mis au ban de la "bonne société" bien-pensante, nous disposions désormais d'une tranquillité royale.
Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet. Georges Courteline.
(1) J'ai déjà parlé de mon équipe, un syndicaliste qui se branlait à longueur de journée en fixant la pendule, guettant l'heure du départ, un ex-gendarme, doté de la finesse légendaire et de la tactique d'icelui, et qui commençait tout pour ne rien finir, et enfin mon agente D d'origine malienne - "promue" grâce aux "efforts" du chef de centre alors que la normalisation avait été décrétée en haut lieu, à 1000 km au-dessus de la tête de ce pauvre pantin, bouffon grandiloquent (daltonien, il nous agressait par son "harmonie" de couleurs vestimentaire). Une quatrième, en arrêt maladie, promettait de reprendre incessamment. Au chefaillon venant régulièrement nous en entretenir, j'ai parlé d'Arlésienne ; ça lui fut rapporté par de bonnes âmes charitables, toujours plus promptes à commenter et gloser qu'à tendre la main. Je ne reviendrai donc pas là-dessus, et désolé de me répéter.