C'est rageant, hein ? faire l'effort et l'insigne honneur de visiter ce p... de blog, et ne pas y trouver pitance... merdalors, mais que nous fait-il encore, ce zèbre ?
A un ami s'étonnant de le trouver en train de mendier l'aumône à une statue, Diogène expliqua : "Je m'habitue au refus".
J'ai un peu la même impression, vois-tu, cher ami mateur. De solliciter une aumône auprès d'une statue, avec l'indifférence marmoréenne pour unique réponse. Car je ne suis strictement pas rétribué pour ce que je fais, alors que l'écriture d'une page de 4 à 500 mots me mobilise une bonne heure -parfois bien plus quand je dois faire des recherches - alors que vous la dévorez en à peine 5 minutes, d'un œil blasé ou indifférent.
Oui, blasé ou indifférent. Car comment expliquer cette absence de réactions, à une ou deux notables exceptions près ?
L'artiste de rue met sa sébile devant lui, et vous y mettez une pièce ou pas, mais vous vous arrêtez, manifestez un intérêt, parfois applaudissez quand ça vous a plu. L'artiste de salle vous fait payer un billet d'entrée, lui, et parfois, comme le faisait Bedos - ou d'autres, qui en ont tiré exemple, et, entre nous, ils auraient tort de se gêner - vous traitent de cons ou d'autres noms d'oiseaux. Et, bien sûr, vous vous sentez gêné, un peu engoncé, pris en porte-à-faux, mais vous vous dites que, merde à la fin, vous vous êtes déplacé et avez payé pour rigoler, donc vous rigolez, feignant de prendre ça à la légère (les cons, ce sont toujours les autres, n'est-ce pas ?), et d'être de bonne composition.
Moi, pour tout dire, je n'aurais pas accepté, et je crois bien que je me serais levé pour partir, si j'avais été dans un tel cas. A cause d'une maladie commune aux Grecs, que l'on attrape depuis tout petit, et contre laquelle aucun vaccin n'existe, même au plus profond de l'humiliation. Elle s'appelle φιλότιμο (philotimo), ressenti difficilement définissable, dont le sens s'approche de celui de l'honneur, de l'amour-propre, ou ce que les anglophones nomment "self-respect".
Donc l'artiste, lui, vous fait payer sa prestation, et d'avance souvent, sans garantie de résultat. Car parfois les critiques aiment une bouse et descendent en flamme un chef-d’œuvre. Si-si, ça s'est vu. Car aussi, les critiques sont comme les experts, surtout préoccupés par leur nombril et leur propre renom ; et, se revendiquant d'une connaissance approfondie qu'ils n'ont souvent pas, surtout en ce qui sort des sentiers battus, se trouvent confrontés à leur propre vacuité, mais n'en clament pas moins, haut et fort, nom d'un animal ! que (ce qu'ils ne comprennent pas) est incompréhensible, absurde, laid, voire malfaisant ou -comment bramaient-ils ça au 19ème siècle pudibond ? - immoral.
Voilà, le mot est lâché, la menace suprême : immoral. Si donc, d'aventure, vous faisiez preuve d'un tant soit peu de curiosité et vous laissiez porter par vos sens, votre inconscient, vous étiez illico taxé d'immoralisme, ravalé au rang d'immondice puant. La notoriété, hein, la prévalence du diplôme ou de la soi-disant sapience ; mais qui êtes-vous donc pour la remettre en cause ? ILS savent mieux que vous tous réunis. Faut les écouter, ils auront toujours raison.
Mais encore une fois, je me laisse porter par le fil de l'eau du moulin de mes idées, et je digresse ; si ! quelque peu, reconnaissons-le. Je disais donc que l'artiste, quel qu'il soit, avait un retour d'expérience - ce que les pyscologues (cherchez pas, il n'y a pas de fôte, le terme est voulu) nous vendaient, dans les années 80, avec des termes anglo-saxons (c'est tellement mieux quand c'est dit dans une langue étrangère, ça en jette, ça classe) en feed-back. Je me suis interrogé sur les écrivains ou autres gribouilleurs compulsifs de tout poil, puisqu'il m'arrive également de commettre quelquefois de mauvais livres.
Eh bien, je crois qu'ils n'ont pas non plus de retour direct. Personne, à part une amie, ne m'a renvoyé son retour d'expérience. Mais, du moins, les auteurs bénéficient-ils d'un certain nombre d'indicateurs, comme l'accueil de l'ouvrage, la critique, et enfin, retour suprême, sonnant et trébuchant, des ventes. Il convient de relever, cela étant, que, et selon ma propre expérience, ce qui se vend n'est pas toujours au top de la qualité. Beaucoup de soupe (pour ne pas être plus direct et trivial) s'est vendue parce qu'il y avait un nom connu dessus, et que la pub a fonctionné à plein.
Aussi, je sais, d'expérience, que le bouche à oreille est bien plus lent, mais certainement plus sûr que la promotion urbi et orbi, tous azimuts. Il n'empêche, l'absence de relation, de réactions, est extrêmement frustrante. Mais ne sommes-nous pas dans l'ère du dématérialisé, du virtuel, où la soi-disant "réalité virtuelle" fait plus vrai que la nature ? Où vous communiquez avec le monde entier, seul face à un écran, et ignorez superbement les gens qui vivent et meurent à vos côtés ?
Comme nous sommes donc dans le domaine du virtuel, et que, finalement, j'écris pour moi-même - des mateurs venant vérifier de temps en temps ce que je fais, mais surtout sans laisser de traces, des fois qu'on leur demanderait des comptes - je ne me mettrai plus aucune pression. Aucune obligation, notamment de quota ni de régularité. J'ai décidé de dégager ce temps pour mes propres ouvrages, que j'espère bien vendre un jour.
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