Je tombe sur ce post et l'article correspondant, complètement hallucinants - non, en fait, c'est la Poste qui est hallucinée. Avec notamment cette phrase : "Positionné sur une tournée dont la durée théorique était de 3 heures, 43 minutes et 59 secondes, il lui fallait le double de temps pour l’effectuer. "
Vous dirai-je que je ne suis pas vraiment étonné ? (Oui, c'est mon côté ultracrépidarianisme et m'as-tu-vu, c'est cela même)
Plaisanterie mise à part, j'ai déjà mentionné sur ce blog, à 2 ou 3 reprises, avoir été chef de centre à Delta Diffusion. Cette entreprise, pour ceux qui ne connaissent pas (ce en quoi je les comprends parfaitement), avait été montée début des années 1970 par Paul Dini, entouré d'un noyau de pionniers, à Grenoble. Membre du groupe COMAREG, qui publiait des journaux gratuits, Delta était le sous-traitant de toutes les feuilles de chou du groupe, à commencer par le "38", faisant bientôt des petits frères dans toute la région Rhône-Alpes, avant de s'étendre petit à petit pour former un réseau national, fonctionnant surtout par assimilation, autrement dit fusions-acquisitions.
J'ai personnellement quitté vers la fin des années 80, où ils avaient chopé le melon, créant des échelons intermédiaires de directeurs régionaux, inter-régionaux, nationaux, transnationaux, internationaux et compagnie, histoire de caser les petits neveux des patrons dont ils intégraient les publications. Avec un siège à Paris, tant qu'à faire, proche des Champs. Bien sûr, tous ces parasites et bras cassés ne produisaient rien, et ne faisaient que semer la confusion, chacun voulant se distinguer par ses méthodes révolutionnaires. Bref, la Cour du Roi Pétaud - ou la Macronie actuelle.
Se rendant compte qu'ils n'allaient pas tarder à bouffer la grenouille, Dini a négocié la vente au groupe Havas, qui l'a lui-même revendu... Et Delta Diffusion a été racheté par son principal concurrent, j'ai nommé la Poste, transformée opportunément en EPIC. Le lien commence à se faire plus clair....
Or, j'ai souvenir qu'à l'époque, nous fonctionnions avec un système relativement élaboré de Bons de Travaux. Les secteurs étaient calibrés : limites géographiques délimitées sur un plan, comptage du nombre de boîte-aux-lettres, évaluation du temps de travail avec un document type, - avec un coefficient multiplicateur censé augmenter en fonction du poids et du volume des documents (en effet, vous ne distribuerez pas 1000 exemplaires d'un journal de 84 pages - format tabloïd - dans les mêmes temps que des cartes de visite). Bon, passons sur le fait qu'on m'avait demandé d'oublier ces fameux coefficients négociés avec les syndicats, les secteurs étaient donc étalonnés : nombre d'exemplaires et temps correspondant, ainsi que les kilomètres parcourus à indemniser - et éventuellement une prime de repas pour les travaux en extérieur, à plus de 20 km du centre.
Des bons de travaux, je peux vous dire que j'en ai commandés, remplis, et vu passer des wagons. Mais jamais, au grand jamais avec cette précision diabolique de la minute près et des secondes. Il faut vraiment avoir un cerveau malade de petit chef fonctionnaire pour concocter ça.
Ce que je veux dire, c'est que cette idée du calibrage des secteurs provient de Delta Diffusion. Demandez aux facteurs - actuellement à la retraite - fonctionnaires : jamais ils n'ont connu ça. Ils avaient une tournée, point. Et cette tournée laissait le champ ouvert aux impondérables : le recommandé où il faut sonner, attendre 3 plombes qu'on vous réponde, monter les 6 étages à pied, remettre le pli, entendre les doléances de l'usager, éventuellement prendre le petit coup de Genièvre (voir Bienvenue chez les Ch'tis). Remettre un mandat, donner un coup de main ou faire une course pour la mémé isolée, etc.
D'autre part, j'avais fait part de mon inquiétude, au début de l'affolement consécutif à la plandémie Covid. J'avais dit que mes 2 fils avaient trouvé à faire en intérim des tournées de la Poste, embauchés à la petite semaine, sans garantie de renouvellement, sans mesures ni moyens de précaution fournis autres que des recommandations à la mords-moi le paf, souvent inapplicables tellement elles s'avéraient inadaptées. Mon fils, donc, m'avait expliqué qu'il n'arrivait jamais à accomplir sa tournée dans les temps impartis. Le connaissant un peu nonchalant, j'aurais pu lui dire que, de toute manière, on n'y arrive quasiment jamais du 1er coup, à moins d'être un as, ou d'avoir déjà fait ça.
Mais pire, en discutant avec des préposés, pourtant assez chevronnés, je notais que tous se plaignaient du même problème. Ce en quoi je dirai que c'est relativement normal. Car si, chez Delta, on pouvait quantifier la masse de travail distribuée, à la Poste, ils n'ont aucun moyen de maîtriser les flux : ils peuvent être aussi bien pharaoniques qu'à l'étiage. Aucun moyen de prévoir. Sauf à faire ce que certains petits malins, ayant vite compris l’arnaque, ont fait : balancer les sacoches dans une bouche d'égout ou un fossé.
Mais comme nous sommes dans une société qui empile les normes, règlements, interdictions d'une part, comme de l'autre les patrons se retrouvent quasiment toujours gagnants dans les rapports avec le salariat - la menace du chômage - surtout non indemnisé en cas de faute - pèse grandement dans la balance, nous sommes arrivés à des aberrations logiques. La rentabilité de l'entreprise prime sur toute autre considération. Je me suis assez plaint ici de ce que certains indélicats prétendaient me faire débourser de ma poche pour avoir l'honneur de travailler avec eux. Il se trouve que j'ai passé l'âge où je dois faire mes preuves, et que j'ai maintenant un certain savoir-faire, et notamment du répondant ; mais ce n'est pas le cas de tout le monde, entre autres les petits jeunes qui veulent se bâtir une ligne sur leur CV, sachant qu'il n'y a plus d'emploi pérenne, juste des jobs de merde.
Même un esclave ne voudrait pas travailler comme on le fait de nos jours, j'en suis sûr.
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