Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Ça coule de source

Publié le 12 Février 2021, 19:23pm

Catégories : #Humour, #Témoignages

Ça coule de source

J’étais parti pour faire un mauvais jeu de mots au sujet du plombier qui était venu faire des travaux chez moi, puis je me suis souvenu qu’il n’était pas plombier, qu’il n’était pas venu faire des travaux chez moi, et que, de plus, je n’avais pas de chez moi. Enfin si, partiellement.

En fait, c’était un bricoleur du dimanche, qui s’était lancé – aujourd’hui on parlerait d’autoentrepreneur – sauf que lui, il bossait au black. Ou plutôt moitié au black et moitié au schwartz, comme ils disent en Alsace. Il était peut-être – ou faisait office de – plombier, mais ce n’était pas pour des questions de plomberie, de tuyauterie, ni de baignoire qui fuit comme dans les problèmes mathématiques de notre enfance, que j’avais eu recours à lui.

J’avais été victime d’un dégât des eaux, ça c’est vrai. Sauf que l’eau ne provenait pas de mon appartement, mais d’un des étages du dessus, et que ç’avait coulé aussi bien dans ma salle de bains, que dans l’armoire de ma chambre qui jouxtait, salopant au passage une demi-douzaine de mes costumes. L’assurance était passée et m’avait indemnisé – en lésinant, comme toujours font ces gens-là, lorsqu’il est question de vous payer quoi que ce soit. Et c’est là que je comprends mieux pourquoi on surnomme l’argent le blé ; car, si les épis rentrent sans difficulté dans un sens, la disposition des grains –en épi justement- gêne sa sortie dans le sens inverse.

Bref, pour revenir à notre plombier qui n’en était pas un, du moins pas avec moi, j’avais fait appel à lui pour me repeindre ma salle de bain, de cette couleur jaunasse qui tenait plus de la pisse grisâtre que d’une teinte franche et dynamisante. À ce sujet justement, j’avais lu un traité sur les couleurs, et leur pouvoir d’influence psychique. Dans l’idéal, un beau rouge pétant aurait parfaitement convenu, mais je n’étais pas dans mes murs, et je redoutais tout de même un peu une transformation aussi radicale. Pas envie enfin d’avoir à remettre les lieux en état lors de ma sortie.

J’avais donc opté pour un bon – et joyeux – compromis : un bel orange, ou plutôt mandarine. Un peu plus doux, plus cocon. De quoi m’éveiller et me dynamiser le matin lorsque je passerais par cette étape indispensable de la matinée, du lavage, du rasage, et de la douche. De quoi sortir efficacement de cet errement au radar, pour acquérir le peps d’une journée splendide et fructueuse, prospère.

C’est du moins la couleur que j’avais choisie sur le nuancier de cet abruti (je m’en expliquerai plus bas). Il avait acquiescé de la tête, comme l’âne le fait, ou le cheval, heureux de découvrir cette teinte qu’il convenait à trouver jolie, mais à laquelle il n’aurait jamais eu la présence d’esprit de penser. Sauf que cet idiot m’avait montré la chose sous la lumière directe d’une ampoule de 100 watts. Et, effectivement, quand il eut fini sa peinturlure, sous la fameuse ampoule, le résultat était éclatant et m’a ravi. J’oubliais juste que mon armoire à pharmacie-miroir était dotée en son sommet de deux ampoules de 40 watts chacune, derrière un bandeau de plastique dépoli. Or deux ampoules de 40 ne feront jamais, au grand jamais 100 watts, a fortiori occultées derrière un machin.

Qu’à cela ne tienne, dirais-je aujourd’hui, comme vous le faites du reste, il n’y a qu’à virer cette mocheté d’armoire et acquérir un beau miroir. En prime, j’aurais pu l’interroger pour savoir qui était le plus beau. J’avoue que je n’y ai pas pensé. Je me résolus donc à affronter quotidiennement un orangeâtre triste et sombre, décevant à la longue, pas du tout celui qu’il était censé être et à quoi je l’avais destiné.

Mais pourquoi ai-je dit que ce plombier qui n’en était pas un était pourtant un parfait abruti ? Tout simplement parce qu’un jour (son intervention a duré une bonne semaine, avec de longues pauses entre chaque étape – c’était commode), je ne me rappelle plus à quel propos, je lui avais lâché la formule : « le mieux est l’ennemi du bien ». J’avais vu son œil briller à l’entendre, et me suis dit qu’il découvrait là une pépite. En effet. Quelques jours plus tard, il me l’a resservie, mais à sa sauce :  « comme vous dites, le mieux est l’ennemi du mal ». Avec mon frère, qui était venu me voir pour m’aider à transformer le reste de l’appart, on s’est regardés, consternés, sans rien dire.

En morale de cette histoire, je vais citer Pierre Dac : « Quand on voit ce qu’on voit, et qu’on entend ce qu’on entend, on a raison de penser ce qu’on pense… » ; jusque-là, nous sommes parfaitement d’accord. Là où nous différons cependant, c’est dans la conclusion : « … et de ne rien dire ».

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents