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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Que dire ?

Publié par chipo.lata sur 18 Août 2022, 17:24pm

Que dire ?

Je suis sorti de ma caverne, d'où je n'avais émergé, depuis un bon mois et demi, que pour aller chercher mon pain, ou un colis au dépôt-consigne automatique (et acheter par la même occasion - by the way, disent nos cousins de la Perfide Albion, 2-3 denrées au supermarché situé sur le même parking). Bien obligé : ça faisait déjà 15 bons jours que je n'avais plus de fromage, pratiquement autant sans œufs , je commençais à vivre sur mes réserves : riz, purée minute, boîtes, surgelés. Même elles allaient s'épuiser, et je me voyais mal à la perspective d'un nouveau ouikend.

Je me suis donc rendu chez Doudou - vous savez, le grand copain de notre pouvoir d'achat, qui nous la met bien profond en nous jurant ses grands dieux que ç'aurait été pire sans lui, heureusement qu'il est là et qu'il s'en met plein les fouill.... euh : qu'il nous défend, lui, le seul, l'unique. Entre nous soit dit, pour ma défonse (sic), c'est que j'avais une grosse envie de "cognac" Metaxa, suite au re-visionnage des "Neiges du Kilimandjaro", avec le trio de tête Guédiguian-Ascaride-Darroussin. Je ne sais pas pourquoi, j'éprouve une grande tendresse pour ce dernier, avec un côté très humain et un jeu très fin. Peut-être son air largué par moments aussi, qui suscite des échos au niveau de mon vécu ?

Et le Metaxa, je sais pertinemment que je n'en trouverais pas à la supérette allemande, ni chez les Moustiquaires où j'ai acheté, semaine dernière, des tomates en promo à 1,19€ le kilo. Du bois teinté de rouge serait plus juste, mais vous savez que j'ai mauvais esprit et une grande tendance à tout dramatiser ; alors arrêtons de négativer.

Première impression : les rayons sont vides. Celui des condiments : huile-vinaigre-moutarde-sauces diverses notamment, c'est le désert des Tartares. J'ai gentiment alpagué un gars qui réassortissait les rayons (je sais ce que c'est d'être emmerdé par les vioques en goguette, j'ai fait son job au 1er Carouf historique de France, situé au Parmelan à Annecy, au milieu des années 80 - je tenais la forme à l'époque, et tracter une palette d'1,2 tonnes à 6 heures du mat' ne me faisait pas peur). Il m'a dit qu'il n'était pas le titulaire, mais effectuait un dépannage - ça se voyait, le pauvre, le rythme était plus celui de l'escargot que celui de la panthère au triple galop. On a parlé de la désertitude (comme dirait notre Ségo nationale) du rayon, notamment de la pénurie de moutarde qui provient d'Ukraine. Il n'était pas au courant, me dit-il, mais il savait qu'ils allaient faire une grosse commande demain. Ça me fait une belle jambe.

Dans le rayon jouxtant et parallèle, celui des boîtes, la razzia est d'ampleur sur les produits 1er prix. L'étiquetage du rayon, comme d'habitude, et bien qu'à affichage électronique (mon cul c'est du poulet), laisse beaucoup, énormément même, à désirer. C'est un véritable jeu de piste : 1°) pour trouver un produit s'approchant de ce que vous désirez (enfin moi ; vous, je ne sais pas ce que vous cherchez usuellement - d'ailleurs, je profite de l'occasion qui m'est charitablement donnée, voire offerte, pour m'exprimer et dire que, quand je parle, je parle essentiellement pour moi, ce que je vois, ce que je vis ; j'ai parfois, sinon souvent, beaucoup de mal à entrer dans la tête des gens pour savoir ce qu'ils veulent vraiment - si encore ils veulent...) et 2°) pour trouver le prix afférent (si toi y en a trouver, toi y en a grand explorateur, ou alors gourou mondialement connu dans ta rue, et surtout à ton étage d'immeuble).

Prêt à rendre gorge et démissionner, je me suis adressé à une dame, croisée dans le rayon : "C'est moi, ou les prix ont bondi ? lui demandé-je. - Non-non, rassurez-vous (vous êtes parfaitement normal, mon bon monsieur), les prix ont augmenté vertigineusement, me rétorque-t-elle. Je vais vous la faire courte : le thon en boîte, en promo par 3, a dû prendre 20% minimum - en promo ! Le corned beef, autrefois aux alentours de 2 € - allez, 2,20 € - à plus de 3 € ! on ne parle plus de quelques centimes, là ! Vous savez bien que je ne vais pas vous en faire tout un pataquès pour une poignée de centimes... Mais de 2 ou 2,20 à 3 € et quelque, il y a bien 40 % au bas mot.

Moralité : l'Ukraine est devenu le grenier de toute l'UE (la France macronienne au moins) : le bœuf, c'est de chez elle (au rayon boucherie, je ne l'ai pas trouvé à moins de 14 € le kilo, jusqu'à 25, voire 40 !!! pour du filet - mais putain ! quel smicard ou RSAiste achète du filet à 40 €/kilo pour lui et ses 3 gosses ? - c'est vrai, je suis con : les mecs au RSA planquent leur fric en Suisse, et le surplus dans les paradis fiscaux, nous avait assené un macroniste très au fait des pratiques des RSAistes en matière de dépense de leur allocation de rentrée scolaire, alors qu'eux, pauvres députés, à environ 20.000 balles par mois, sont obligés de manger des pâtes - bien évidemment, il ignorait le homard-champagne de de Rugy, et cela ne le choquait absolument pas au niveau du vécu).

Et je ne vous parle pas des tomates en grappe et en bois, achetées 1,19 € le kilo la semaine passée, et là à pas moins de 1,99 - ou 2,19 ? Tant qu'à faire, j'ai opté pour des Roma, à 2,59. Ça change.

Vous remarquerez que je n'ai absolument pas abordé la question de l'augmentation des salaires (SMiC revalorisé au 1er août et déjà dans les choux) ; des retraites qui n'ont pas bougé. Quant à la rémunération de votre pauvre épargne de précaution, sur votre livret A, elle est passée à 2 % certes - mais avec une inflation officielle (chiffres de l'INSEE) à 7 %, vous avez déjà au moins 5% dans la vue. Des centaines de millionnaires en plus, et ils s'offusquent qu'on suive le déplacement de leurs jets privés, s'estimant au-dessus de la plèbe, de la cuisine à Jupiter (jamais l’expression n'aura été plus juste qu'en ces temps-ci).

La morale, la culpabilité, c'est pour les pauvres. "Quand on est riche, on est désagréable"  pavoisait de Funès dans la "Folie des Grandeurs".

PS :  arrivé au moment fatidique de la caisse, l'hôtesse - car on ne dit plus caissière maintenant, c'est trop dépréciatif pour des nanas qu'on embauche à bac+5 (qu'il n'est absolument pas dépréciatif d'embaucher à ce niveau-là et de payer à coups de lance-pierre pour 20 h/semaine en décalé) - me demande : "Voulez-vous des points pour acheter des couteaux de cuisine ? (tu m'as bien regardé ? tu penses vraiment qu'à mon âge je manque de couteaux ?) - C'est dommage, que je lui réponds, comme elle hausse les épaules quand je lui demande si elle veut que j'ouvre une coutellerie : je suis divorcé, je manque de cible pour le lancer de couteau..."

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