Adolescent, pendant les vacances, je travaillais avec mon père, dans son atelier. Sans salaire, évidemment, solidarité familiale, tout ça...
Vient à passer un noir ambulant, bardé de montres qu'il vendait. Il entre, tout sourire. Il parle, il cause, il tchatche, il nous bourre le mou, au point que mon père finit par se laisser tenter. La gars insiste : "regarde ! une SEIKO comme ça, jamais tu ne la trouveras à ce prix-là !". Et pour cause !
Je me penche sur la montre que mon père avait choisie et, tandis qu'il ouvre déjà son portefeuille, je lui dis, en français : "Fais gaffe ! il est en train de nous rouler : ce n'est pas S.E.IKO, mais une S.F.IKO, une contrefaçon chinetoque".
Mon père, armé d'une colère d'autant plus homérique qu'il était vexé d'avoir été pris pour un con, a foutu le noir dehors avec perte et fracas, l'invitant à aller au diable et n'en plus jamais revenir. C'était il y a 45 ans.
Comme quoi, la contrefaçon ne date pas d'hier.