De la réception d’un élu
On dit qu’entre les bonnes qualités des élus, on demande ordinairement qu’ils soient gens ignares, et non lettrés ; quelques-uns néanmoins ont voulu raffiner depuis sur leur profession, et leur ont ordonné d’étudier, comme si pour manier une bourse il fallait avoir lu un livre. Un élu donc, n’ayant pas assez travaillé à l’étude, se présenta un jour à la Cour des Aides de Provence, et comme la compagne voulait le renvoyer à cause de son incompétence, le président représenta qu’il n’y avait pas grand danger de recevoir un âne parmi tant de chevaux.
Une autre fois, il en reçut un autre qui avait mal répondu aux questions qu’on lui avait faites, et comme chacun s’en étonnait : « Ne vous fâchez pas Messieurs, dit-il, car s’il eût bien répondu je l’eusse renvoyé comme n’étant pas propre à sa charge. » À ce compte, l’insuffisance compose l’habileté des élus.