Non-non, je n'ai pas mourru. Les mauvaises herbes résistent, même quand elles sont mal en point. En effet, une grosse fatigue en ce moment. On a beau dire, ça bouffe de l'énergie de résister à cette propagande inepte, ce harcèlement continuel, ce pilonnage, un véritable tapis de bombes. Et puis toutes ces nouvelles négatives, où l'on voit que la destruction et l'accaparement des profits par la Caste continue de plus belle, en toute impunité, voire avec les félicitations du jury : CNIL, Conseil Constitutionnel et tutti frutti1.
Quand on ajoute à cela la chute des températures - par moments, je me demande où est le réchauffement climatique quand, dès fin octobre, on frôle les températures négatives. Hier soir, j'avais encore 13,4 degrés dans ma chambre. Une saloperie entre rhume, angine ou grippe, je ne sais pas, j'ai toujours été assez fragile de la sphère ORL.
Mais je suppose que vous n'en avez rien à carrer de ma petite santé. Ce qui vous intéresse avant tout, c'est d'avoir votre provision de lecture, histoire d’avoir un petit courant d'air frais entre les oreilles pendant 5 minutes.
Eh bien, je vais vous faire saliver, mes loulous (enfin, façon de parler, puisque je subodore que vous en foutez ; alors je me fais plaisir tout seul comme un grand) : au programme, mon dernier ouvrage, la pièce de Mme Ulrich, La Folle Enchère, semble pas mal partie pour l'instant. Comme ce n'est pas une œuvre majeure, que l'autrice est peu connue - et pour cause : une femme, au XVII°, pensez donc ! - ce n'est pas la ruée, mais j'en attends une montée en puissance. Ceci après un Nasr Eddin qui a fait le meilleur score jusqu'à présent.
Dans mes papiers : un Si Djeha, cousin berbère du Hodja, qui mitonne. Je l'ai soumis à différents éditeurs sur la place - envie de changer - et je me fends la poire en collectionnant les refus ; sincèrement, les motifs sont carrément dithyrambiques. Je vous joins en copie le mail d'un de ces rigolos.
1oui, je sais : quanti et non frutti. Mais je trouve ça plus imagé.
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"magnifier", dit-il, je me marre !
En attendant, je ne suis pas resté les 2 pieds dans le même sabot, vous vous en doutez bien. J'avais entamé un volume sur les fabliaux du Moyen-Âge, thème intéressant, en complément de l'étude des sources Nasreddiniennes. Mais je me suis aperçu que je restais trop en surface. Car, si lesdits fabliaux ont été colportés et transpirent parfois dans certaines anecdotes du Hodja, ils sont eux-mêmes, à la base, des satires d'us et mœurs de l'époque, notamment des épopées chevaleresques. Sans chercher chez Christian de Troyes et autres Jean de Meung, il y a une autre autrice absolument sympathique, Marie de France. Laquelle a pondu ou repris des lais (officiellement 12, j'en ai trouvé 14), ainsi que des fables plus ou moins ésopiques, dont certaines reprises par l'archi-connu La Fontaine (le copain de Mme Ulrich sus-mentionnée).
Or donc, dans la mesure où, je me répète, certains fabliaux sont des parodies de certains de ces lais, preuve notamment qu'ils ou leur auteur étai(en)t bien connu(s), il convenait de traiter au préalable la source, avant que de fignoler le résultat. Vous verrez donc bientôt apparaître un bouquin sur Marie, avant de rigoler comme moi avec les fabliaux - parfois osés, voire un peu scato, l'époque n'était pas aussi fine gueule (ou prout-prout) qu'aujourd'hui. On était bien plus proche de la vie de tous les jours et ses contingences matérielles, on ne se branlait pas avec des mots creux et des concepts fumeux comme nos contemporains (je ne vais pas vous refaire un laïus sur Franck Lepage et sur la désubstantialisation du vocabulaire, afin de lui ôter toute charge négative et revendicative). Or, justement, puisque j'évoque le sujet, la merveilleuse Marie fait apparaître dans ses fables un côté revendicatif, qui n'est pas pour me déplaire : féministe ET revendicatrice, purée ! manquerait plus qu'elle ait été communissse, pour remporter le tiercé gagnant...
Parallèlement, alors que mon Héloïse est en dormance depuis quelque temps déjà (il reste à le retravailler et le mettre dans sa forme définitive), j’ai eu un soudain flash sur mon nouveau héros, Miltos, dont je vous livre ci-dessous les premières ligne du premier jet.
La famille Miltiadis est une très ancienne famille roumi, c’est-à-dire grecque byzantine dans l’empire ottoman. De tout temps installée à Constantinople, bien avant que la ville soit rebaptisée officiellement Istanbul en 1930, après la révolution kémaliste, et les échanges de populations consécutifs au traité de Lausanne.
Le grand-père, Miltos, avait épousé à la veille de la catastrophe de Smyrne – le fameux incendie de 1922, conjugué à l’exil imposé à ses habitants, sous peine de mort –, une jeune fille de cette ville qu’il avait connue à travers les relations commerciales qu’il entretenait avec le père de celle-ci, commerçant en gros et exportateur. Il l’avait rencontrée lors d’un séjour dans la grande ville ionienne, et en était tombé éperdument amoureux au premier coup d’œil. Il semble bien que la réciproque fut également vraie pour cette jeune beauté de 18 ans, abondamment courtisée par tous les jeunes – et parfois moins jeunes – célibataires de la ville ainsi que des environs.
Des yeux noirs volontiers rieurs, un nez court et mutin dans une face avenante et souriante, une abondante chevelure soyeuse qu’égayaient des fichus colorés ; trottant sur des pieds menus, une silhouette gracile, une taille de guêpe, des hanches larges laissant envisager la fécondité d’une nombreuse progéniture ; avec cela un maintien modeste et réservé, une bonne humeur constante, et un amour filial l’amenant à obéir avant même d’avoir reçu le moindre ordre. La famille, les amis, les voisins ne tarissaient jamais d’éloge à son sujet.