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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Quelques anecdotes

Publié le 9 Septembre 2021, 14:33pm

Quelques anecdotes

Comme tout le monde ne le sait pas, j'ai vécu une partie de mon enfance, mon adolescence, et le début de mon adulescence en Grèce. Un très beau pays mais pauvre, ensoleillé, entouré de mer, plein de cailloux et de chèvres.

Or, une des caractéristiques du Grec est que, à l'instar de l'Italien, il chante quand il a de l'amour et du vin. Mais il chante aussi quand il n'a pas d'amour ni de vin, comme l'a fait le regretté Théodorakis, ou les rébètès du début du siècle dernier, chantant principalement l'exil, après 1922.

Une autre caractéristique du Grec, du vrai Grec, est qu'il n'est pas voleur. Pas vraiment voleur. Vous pourrez oublier votre sacoche avec votre argent et vos papiers sur le tableau de bord de votre voiture, fenêtre ouverte, comme ça m'est arrivé, personne n'y touchera. Personne ne se le permettrait.

Mais, s'il ne vous volera pas ouvertement, il vous truandera un maximum sitôt qu'il en aura l'occasion. Avec le sourire, et des mots charmants, comme s'il s'agissait d'une simple contrepartie synallagmatique. Ainsi, quelques menues anecdotes tirées d'expériences personnelles - pardon si je radote.

Nous étions au beau milieu du printemps, par une journée radieuse, et nous avions décidé avec ma copine de l'époque d'aller aux Puces athéniennes, derrière Monastiraki, à Psiri. Là, un homme nous entreprend, portant un loden sur le bras, en très bon état, manifestement porté une paire de fois seulement. Et il m'annonce : "Ekato, ekato !". Soit 100 drachmes pour un article que j'avais vainement cherché au cours de l'hiver à moins de 1.300 à 1.500 Drs. Je me tourne vers ma compagne française pour lui expliquer et, à ce moment là, un collègue du bonhomme fait : "Ce sont des étrangers, ils ne comprennent pas. Montre-leur un billet !". Et voilà que notre honnête filou sort de sa poche une liasse de billets pliée en deux par le milieu, hésite un moment sur un billet de 100, puis en extirpe un de 500, me le brandit, et tapant sur le loden avec la main, me fait signe : ça, ça fait ça ! Partagé entre l'envie de rire et la vexation, je lui réponds, dans mon grec le plus pur : "Mais tu n'avais pas dit : cent, avant ? -- Ah ! me fait-il, tu es Grec ? excuse-moi, je t'avais pris pour un Américain !". Y a pas de raison.

Quelques années plus tard, j'étais venu avec ma nouvelle petite amie et sa fille, leur faire visiter le pays de mes ancêtres. En commençant un périple traversant toute la péninsule, commençant par Corfou (la mythique Corcyre), avant de traverser et redescendre petit à petit vers Athènes, puis le Péloponnèse. A Corfou ville, justement, je cherche un logement chez l'habitant, en général bien plus sympa que l’hôtellerie classique, et un peu moins cher. Ayant aperçu un panonceau "à louer", je m'adresse à l'accorte propriétaire qui me fait visiter. 3.500 Drachmes, m'annonce-t-elle. Nous devisons tranquillement tandis qu'elle me raccompagne sur le pas de la porte. Et là, elle voit ma modeste Fiat Uno immatriculée en Haute-Savoie, avec ma copine et sa fille dedans. Aussitôt, elle se reprend : "Excuse-moi, je me suis trompé, ce n'est pas 3.500, mais 4.500 -- Bien, lui fais-je, regarde-moi bien ! tu m'as vu ? parce que tu ne me reverras pas".

De même, quelques années encore plus tard, avec la future mère de mes enfants. On traverse un village-rue, au nord de l'île. Là, procédé habituel, et que personnellement je trouve désagréable au possible, le "kamaki" ou harponnage. Tous les serveurs sont sur le pas des restaurants qui jalonnent la rue, et s'égosillent, t’arrêtant presque pour te prendre de force par la main et te traîner dans leur boui-boui à touristes, insistant lourdement : "Come on, good greek food !" Comme je fuis ces démonstrations dégradantes et attire ma compagne un peu plus loin, un serveur s'adresse, par-dessus ma tête, à son homologue en face : "Je lui parle, dit-il en grec, et il ne me répond même pas !". J'attends la réponse du collègue, qui, lui, ne bronche pas, avant de lui assener : "J'ai eu beaucoup de mal à comprendre, parce qu'apparemment, tu as du mal à parler en grec !". La tronche ! Et, en fait, j'ai eu bien raison de ne pas succomber à leur parade prostitutionnelle : tout au bout de la rue, sur la plage de galets, une taverne décrépite, avec tables et chaises au bord de l'eau - quasiment les pieds dans la mer - où l'on a mangé sans chichi, très simple, très frais, très bon, et pas cher du tout.

Petit retour en arrière. Nous étions en excursion à Nauplie, l'ancienne capitale de la Grèce en 1830, à la libération du joug ottoman pour se retrouver sous celui des Habsbourg. Avec ma copine, on farfouille dans les articles exposés devant un magasin de souvenirs. Le tenancier jaillit comme si on allait lui piquer des trucs et nous entreprend : "You, English ?", qu'il baragouine. Comme on ne lui répond pas, il embraye : "German ?" et il commence un laïus en Teuton... Je me retourne et, passablement énervé, lui répond dans sa langue : "Te fatigue pas, si on a besoin de quelque renseignement, on te demandera". Que pensez-vous qu'il arriva ? Je suis persuadé qu'il n'a même pas compris que je lui parlais grec, tellement convaincu que nous étions étrangers, et qu'il avait des arrière-pensées plus arrières que pensées... Il continua en italien. Le con ! je me suis tourné vers ma copine et lui ai dit qu'on allait se tirer. Je ne supporte pas les abrutis.

Je vous ferai grâce des contrats remportés avec l'Europe, après 1981, et financés à 110, 120% voire parfois plus...

 

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