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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Flash-back

Publié le 5 Août 2021, 17:05pm

Flash-back

Il est fort dommage que je n'aie plus accès à l'image originelle que j'avais publiée. On y voyait le personnage, attablé devant un hamburger, et qui disait (je cite de mémoire) : enfin devant un bon repas, après un séjour à manger de la moussaka et autres spécialités locales.

Réflexion liminaire : s'il attendait de rentrer en France pour manger un burger, c'est que l'olibrius ignorait ce que tout le monde sait : les Mac King, Wendy's, et autres empoisonneurs de la malbouffe patentés, pullulent à tous les coins de rue désormais, le Grec ayant une forte propension à vouloir se montrer - voire s'affirmer - "in" ou "moderne" comme on disait autrefois, "up-to-date" disent nos amis anglo-saxons.

Par ailleurs, si son souhait était de manger sur le pouce, à l'occidentale soi-disant, il existe - du moins il existait, de mon temps - une foule de petits magasins qui proposent des pites (tyro-, spanako-, kreato-, respectivement au fromage, aux épinards ou à la viande), chaussons délicieux, naguère fabriqués avec de la pâte filo croustillante ; à mon dernier séjour en 2008, plutôt faits avec de la vulgaire pâte feuilletée industrielle, tout se perd.

Enfin, cette réflexion crétine me rappelle un épisode vécu en 1988, avec ma copine de l'époque et sa fille (pardon si je radote). Nous avions passé un mois de bonheur à arpenter des chemins un peu hors circuits touristiques, dès que possible, afin de vivre en harmonie avec les autochtones, couchant et nous nourrissant local, de plats parfois un peu frustes mais toujours naturels, fort savoureux, et peu chers.

Arrivés au terme de nos vacances, alors que nous attendions sur le quai de Patras le ferry qui devait nous ramener vers l'Italie, d'où nous remonterions par la route vers l'Auvergne, nous voyons un jeune adulte, effondré littéralement sur une bitte d'amarrage (pas de jeu de mots, petits canaillous !), et une femme d'un certain âge, vraisemblablement sa mère1, auprès de lui, qui lui tapotait la main et le réconfortait de la voix.

Mus autant par la curiosité que par la compassion, nous nous sommes approchés, pour nous enquérir s'il était souffrant, et si nous pouvions faire quelque chose pour aider.

Avez-vous déjà vu une pietà ? là, pareil, il lève vers nous un visage langoureux, empreint de la plus profonde douleur, les yeux révulsés de souffrance laissant voir une majorité de blanc, et nous souffle d'une voix éteinte, à l'article de la mort : "15 jours dans ce bled, et pas moyen de manger un steak-frites."

Partagé, mieux : déchiré entre le rire ironique et l'indignation la plus profonde face à une telle prosopopée de la Connerie, je me suis éloigné fissa pour ne pas lui vomir dessus. Si tu tiens tant que ça à ton immuable habitude du steak-frites, ne voyage pas, connard !

(1) Il n'aurait plus manqué que ce fût sa maîtresse !

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