Je vous avais parlé de ce livre, que je relisais récemment, Bonjour Paresse, de Corinne Maier. Parmi ses références, elle fait mention de l'hexagonal Michel Houellebecq (ce n'est pas par hasard que j'utilise l'adjectif, car le type, veule et avachi dans sa parka fatiguée, clopant à donf avec des relents misanthropiques, ne me paraît ni très carré, ni tournant rond). Et notamment son premier trésor pondu, Extension du domaine de la lutte.
A l'époque, j'avais fui sa lecture, comme celle de tous ces ouvrages que la critique porte aux nues l'instant d'un prix - Qu'on court ou autre - et qui retombe dans l'oubli aussitôt après, comme le soufflé pendant le repas. A raison d'ailleurs, tant son style me semble précieux, compliqué, limite ampoulé, avec un vocabulaire savantifiant et pontifiant à souhait. Entretemps, j'ai mûri (ou maturé selon la néoterminologie actuelle ?), et je souhaitais retrouver les exemples de xyloglossie auxquels Corinne Maier faisait allusion - il est vrai que l'épisode - bref - est truculent.
Pour le reste du bouquin, j'avance avec une certaine appréhension, comme pour les Bronzés font du ski, entre deux épisodes de Jean-Claude Duss. Il se trouve néanmoins que tout n'est pas forcément bon à jeter. Comme disait un de mes chefs, le 0% et le 100% n'existent pas, tout est question de nuances. Sauf que la lecture de l'ouvrage, je me répète, ne m'avait jamais parue d'une importance capitale pour ma culture personnelle (entre nous, à l'époque, j'avais aussi franchement autre chose à foutre : chômage ; recherche d'emploi avec de fréquents va-et-vient Voiron-Paris ; connaissance de ma future ex ; déménagement ; mise en route du 1er héritier ; élevage dudit, décrété 8ème merveille du monde de manière unanime entre sa mère et sa mamie laquelle, miro comme un pot, n'y voyait pas plus loin avec l'esprit qu'avec les yeux, etc.).
Je viens d'y relever toutefois un passage auquel je ne peux que m'accorder, pour avoir expérimenté la même chose et tiré à peu de choses près les mêmes conclusions, même si je ne les avais pas jusqu'ici formalisées de manière aussi objective et tranchée. Je le livre à votre sagacité :
"Véronique était "en analyse", comme on dit ; aujourd'hui, je regrette de l'avoir rencontrée. Plus généralement, il n'y a rien à tirer des femmes en analyse. Une femme tombée entre les mains des psychanalystes devient définitivement impropre à tout usage, je l'ai maintes fois constaté. Ce phénomène ne doit pas être considéré comme un effet secondaire de la psychanalyse, mais bel et bien comme son but principal. Sous couvert de reconstruction du moi, les psychanalystes procèdent en réalité à une scandaleuse destruction de l'être humain. Innocence, générosité, pureté... tout cela est rapidement broyé entre leurs mains grossières. Les psychanalystes, grassement rémunérés, prétentieux et stupides, anéantissent définitivement chez leurs soi-disant patientes toute aptitude à l'amour, aussi bien mental que physique ; ils se comportent en fait en véritables ennemis de l'humanité. Impitoyable école d'égoïsme, la psychanalyse s'attaque avec le plus grand cynisme à de braves filles un peu paumées pour les transformer en d'ignobles pétasses, d'un égocentrisme délirant, qui ne peuvent plus susciter qu'un légitime dégoût. Il ne faut accorder aucune confiance, en aucun cas, à une femme passée entre les mains des psychanalystes. Mesquinerie, égoïsme, sottise arrogante, absence complète de sens moral, incapacité chronique d'aimer : voilà le portrait exhaustif d'une femme "analysée"."
Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Ed.J'ai lu, page 103.
J'avais longtemps attribué ces principales caractéristiques de mon ex, au fait qu'elle soit fille unique (élevée par sa grand-mère, schéma que sa propre mère prétendit reproduire avec mes enfants, ce à quoi j'ai mis le holà immédiatement).
Je dédicace par ailleurs ce passage à cet éminent analyste Strasbourgeois, croisé à l'Abbaye Notre-Dame d'Oelenberg, dans le Haut-Rhin, où j'accomplissais une retraite d'une semaine, en été 2015. Il avait organisé un week-end de séminaire pour des confrères à lui, sur le thème : "la Bible à la lumière de la Psychanalyse". Au cours d'un repas pris en table commune, cet individu m'a fait ressentir pour la première fois de ma vie pire qu’une merde ; au point que sa femme qui dînait à côté de moi s'est sentie obligée de s'excuser pour lui. Je lui ai répondu qu'elle n'était pas responsable du comportement d'un butor.
Attitude d'autant plus impardonnable que le rôle d'un soi-disant analyste, formateur ou conférencier qui plus est, était ou devrait être, à mon sens du moins, d'aider les gens à se sentir mieux et non les enfoncer inutilement et gratuitement. Humanité, empathie.
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