En revenant de chercher mon pain, j'ai croisé le clampin qui se poste habituellement près du distributeur de billets de l'unique banque du village (là où l’Écureuil planque ses noisettes). Il a compris que je ne lui refilerai pas de monnaie pour aller la boire et, dès lors, il feint de ne pas me voir. Pourtant je n'ai pas exactement le gabarit du mec qui passe entre le mur et l'affiche sans la décoller. En fait, son mépris - car ça ne peut pas être que de la feinte ignorance - souverain m'honore.
Déjà, il a un teint brique, comme j'ai vu aux Annéciens qui allaient faire du ski en hiver, ou alors les Andins, quelque chose entre la terre cuite et le cramé. Pas très sain, quoi. En tout état de cause, pas qui t'engage à aller vers lui. Aller vers lui d'ailleurs, pourquoi faire ? Le mec ne te décroche pas même un bonjour, et embraye immédiatement pour te taxer, maille ou clope.
Je riais donc déjà sous cape, prévoyant de vous en parler, polissant le texte dans ma tête. Puis, pensant à son aspect d'alcoolo, je me suis rappelé de mon propos sur la pisse d'âne que j'avais achetée, la Caca Pipils.
C'est marrant, personne n'a réagi à ce texte. Soit vous vous en foutez impérialement, soit vous n'en pensez pas moins et, comme vous ne franchissez jamais l'étape du commentaire (hormis 2 ou 3 qui me suivent), vous avez tourné la tête de l'autre côté vous aussi, et avez continué votre tricot, ou à vous gratter les couilles.
C'est de bonne guerre. Vous prenez, c'est gratuit. Vous en rigolez peut-être, vous disant : "quel pauvre type !". Ou bien vous êtes consterné par ce que vous considérez comme un amas de bêtise. Peu importe. J'ai compris que vous vous borniez au rôle de mateurs, très économes de votre présence ; surtout, ne pas s'engager, il pourrait prendre ça comme un encouragement, l'animal !
J'en reviens donc à mon sujet, celui de la bibine. On aurait pu me dire : pourquoi avoir choisi celle-là ? Et on aurait eu raison - si on l'avait fait, bien entendu... La réponse est simple. Il y avait d'autres marques, évidemment. Du tout-venant, du bon, du moins bon - des goûts et des couleurs... Sauf qu'il s'agissait de packs de flacons en verre. Et je n'ai pas envie de m'enquiquiner à aller porter au conteneur des sacs entiers de flacons de verre, surtout que ça peut casser, et c'est chiant à ramasser les miettes partout. C'est coupant aussi.
Non, là, la bibine était au plus bas rayon, comme ce qu'on ne tient pas absolument à promouvoir (les psychologues et marketeurs ont déterminé que la meilleure zone pour vendre se situe, hormis les têtes de gondole ou dans les pénétrantes encombrées qui t'obligent à slalomer et ralentir, entre le regard et la main, au niveau du bassin. Une sorte de zone de confort, où le chiffre d'affaires à réaliser sur le dos du chaland est maximal.
Donc, elle était au plus bas, juste sous un tas de bibine à fort degré d'alcool - ce à quoi je ne tiens pas particulièrement. Le binge drinking (désolé, il n'y a pas d'équivalent en français, alors que pourtant on a des adeptes, tel Timsit qui énonce dans un sketch : 8 h moins 10, je bois ma dose, 8 h moins 6 je suis paf, 8 h moins 3, je vomis tout dans les WC, 8h au lit).; le binge drinking donc, ce n'est pas mon fort. Moi, ma boisson, je préfère la savourer, comme un bon cigare. Et en canette aluminium, s'il vous plaît. C'est quand même bien plus pratique. A manipuler, puis à mettre au recyclage.
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