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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Les princesses

Publié le 3 Mars 2021, 15:24pm

Les princesses

 

Aujourd’hui, on va démolir un mythe tenace chez les petites filles qui ne grandissent jamais. Je sais, ce n'est pas bien, et je ne vais pas forcément me faire ici des amies. Mais ce n'est pas grave; j'ai renoncé à ça aussi.

Très souvent – pour ne pas me montrer outrecuidant en affirmant toujours – les petites filles sont traitées de « princesses », même si elles ne sont pas toujours considérées comme telles.

Il me souvient du reste, lorsque j’étais représentant et collaborais avec le patron-escroc dont j’ai déjà parlé[1], que de temps à autre sa compagne au visage chevalin, Paulette, amenait leur jeune fillette, Emilie. Le visage, poupin quoique assez disgracieux[2], avait encore ces rondeurs indistinctes, aujourd’hui effacées (âgée d’une bonne trentaine d’années, j’en ai vu des photos récemment ; la première chose qui vous bondit aux yeux est cette ressemblance physique avec sa mère).

Un des mecs associés qui bossait dans la boîte, Laurent (au diable si je me souviens de son patronyme – c’était un Corse d’origine), ami du couple – comme les autres associés -  l’appelait par moments « Emilie boudin ». A quoi, exaspérée, elle rectifiait toujours : « Non, Emilie jolie ». C’était du moins le titre d’un conte musical enfantin de Philippe Chatel, dans ces années-là.

Moi, je me marrais sous cape, allez savoir pourquoi. Mais je m’abstenais soigneusement de toute appréciation, traumatisante pour la mioche, outrageante pour les parents abêtis.

Plus tard, j’ai rencontré bien du monde. Et un jour, une vendeuse dans un magasin, allez savoir pourquoi, on évoque le thème. Elle me raconte : Une fois, elle a dit à sa fille que les vraies princesses ne faisaient pas caca. Résultat : plus de six mois de psychothérapie, la gamine étant devenue constipée !

Mais bon sang ! tout le monde sait bien pourtant que les filles – a fortiori les princesses - ne font pas caca ! elles font des paillettes. Des paillettes d’ailleurs très agréablement parfumées, je ne comprends pas comment ces imbéciles de créateurs de fragrances ne sont pas penchés sur la question pour reproduire ces odeurs célestes. Elles ne pètent pas plus, elles murmurent juste dans leur petite culotte. Quant à la vesse pestilentielle qu’elles dégagent, on n’a jamais pu clairement déterminer d’où diable elle pouvait provenir[3].

Ceci pour quelques menus détails physiques, de peu d’importance finalement, à moins de se trouver au cœur du délit, comme cet homme (certains parlent de Winston Churchill, d’autres sources citent un autre héros), dansant avec une dame, laquelle lâche ce que pudiquement on nomme « petit vent[4] ». Confuse et rosissant, la dame susurre : « J’espère que cela restera entre nous », à quoi le monsieur, très digne, rétorque : « Au contraire, je préférerais que cela circule ! ».

Pour les détails moraux, je ne saurais précisément déterminer si cela provient du caractère de ce sexe souvent instable dans ses pensées et sentiments, de l’éducation princière, ou alors du flux d’hormones circulant par moments dans l’organisme de ces petits êtres faibles, mais qui savent vous vouer une solide haine tenace lorsqu’elles l’ont caprice – euh pardon, décidé. Je suis toujours tombé sur des filles, soit trop jeunes pour pouvoir décréter de façon absolue un verdict aussi lapidaire ; soit sur des femmes d’âge suffisant, voire mûr, pour pouvoir décréter que cela a toujours été ainsi.

Si je m’en réfère cependant au caractère bien trempé de Cécile[5], que je n’ai jamais connue que comme camarade et colocataire, je tiens à le préciser, il semblerait néanmoins que ce fusse un trait permanent de caractère – du moins assez durable pour le relever et noter. Justement, puisque j’en parle. C’est elle qui, provenant d’une excellente famille, et ayant joui d’une excellente éducation, m’a parlé de cette caractéristique que j’ignorais jusque alors totalement : une vraie princesse est incapable de trouver le moindre sommeil si l’on glisse un petit pois sous son matelas (si ! si !). C’est ainsi qu’on les reconnait, par ailleurs : à leur mine de papier mâché et leur corps dolent et moulu, si d’aventure cela leur était advenu.

Pour dire vrai, je ne saurais confirmer ni infirmer, le cas ne m’étant jamais échu. Et pourtant, j’eusse bien aimé que cela me prenne, comme un ouragan, passant sur moi, l’amour aurait tout emporté.

Non, moi j’ai eu droit aux pieds gelés. Au début contre les miens. Puis, comme de perfides reptiles, rampant contre mes jambes, pour venir se loger dans mon entrejambe, là où la température est douillette. Puis finalement – pourquoi pas ? tant qu’on y est… - contre mon bedon chaud comme un petit pain. Un attachement et une tendresse féminins confondants.

J’ai eu droit aux sermons et aux reproches, jusqu’à des minuits avancés, alors que j’étais écrasé de sommeil, pour finalement la voir me tomber dessus, comme une de ces 7 plaies d’Egypte, me réclamant de l’affection, sous forme solide et coulissante là où ça fait du bien. Pour me voir reprocher ensuite d’avoir envie de dormir après l’acte, et de ne pas la prendre, la câliner et lui glisser des mots d’amour jusqu’aux pâles heures du matin, où elle se rendormirait pour se réveiller comme une fleur après midi, tandis que je me levais et sombrais dans la nuit froide pour aller bosser et ramener la pitance.

J’ai eu droit à la virago nympho, qui réclamait ce qu’elle considérait comme son dû, alors qu’elle avait passé déjà la moitié de la journée à se palucher, et qu’elle pensait qu’en me racontant la chose elle m’exciterait comme un faune lubrique. Bon, d’accord, j’ai eu droit à quelques chatteries, mais de la part d’une cérébrale – je ne sais pas si vous voyez la nuance.

J’ai eu droit à la truie ayant passé sa soirée à picoler, rigolant avec les pigeons sur le chemin du retour nocturne dans la voiture, pour s’effondrer comme une masse, bras et jambes en croix dans le lit. Qui grogne quand tu la pousses pour te frayer une maigre place dans ton lit. Et qui te réveille sur le coup des 3-4 heures du mat, fondant en larmes, « fais-moi l’amour, fais-moi l’amour ! » jusqu’à ce que tu te plies à son caprice ; et qui – splendide !- ne se souvient de rien au réveil, et joue les étonnées à t’entendre lui décrire ses errements.

J’ai eu droit à la bourgeoise vitupérant parce que je lui envoyais de l’air dans les cheveux pendant la nuit avec mon respirateur, et que ça la décoiffait dans son sommeil, pauvrette.

Non, de l’amour chiche, mesuré, compté, lésiné, concédé au mieux ; mais réclamant, exigeant, impérieux. Des grosses paysannes, des comptables, des fonctionnaires, des usurières, des petites-maîtresses ; mais de princesse point.

Ne me demandez donc pas à quoi ressemble une princesse. Je serais absolument incapable de vous le dire.

 

[1] Francis B dans mes Exquises Esquisses.

[2] Les fabulistes nous ont bien démontré que même la guenon trouvait son enfant le plus beau du monde.

[3] Voir à ce sujet les ouvrages que j’ai publiés, Eloge du Pet, Discours sur la Musique Zéphyrienne, et l’excellent conte à venir, Berthe ou le Pet Mémorable, une anecdote du IX° siècle.

[4] « …Mauvais », aurait rajouté Gainsbourg.

[5] Voir à ce prénom dans mes Exquises Esquisses.

 

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