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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Le plastique

Publié le 4 Mars 2021, 17:10pm

photo sans rapport avec le sujet, mais c'est tout de même plus agréable à regarder que des monceaux de déchets...

photo sans rapport avec le sujet, mais c'est tout de même plus agréable à regarder que des monceaux de déchets...

Je voulais vous parler de tout à fait autre chose (et je vais le faire, comme d'hab', me connaissant - nan, je rigole - je décaféine comme dit mon fils), mais il y a ce sujet qui touche un coin sensible de ma pensée, signe qu'il a déjà suscité en moi quelques questionnements.

Et, d'abord, un petit retour en arrière. Un flash-back comme disent les gens chébran - "in", ou toute autre appellation surfant sur la vague pour montrer qu'on est farpaitement au goût du jour, qu'on a bien adopté les codes de cette société hyper-médiatisée, qu'on est bien intégré, quoi, bon petit soldat de la pensée unique qui nous tombe d'un petit chef se voulant César et n'étant que Pompée[1] (fallait que je la place, celle-là) ; qu'on est prêt à tuer pour faire valoir cette pensée - quant à mourir pour elle, ce serait plutôt comme Brassens, de mort lente[2].

Je me rappelle de cette époque où j’étais ado. Lorsqu’on quittait Athènes, sa presse et sa pollution, qu’on partait pour aller passer le week-end sur un terrain que mon père avait acquis en proximité du bord de mer, et sur lequel on avait bâti de nos propres mains une modeste cabane d’amiante sur une structure d’acier, ma mère n’oubliait pas d’emmener dans la voiture la poubelle.

Oui, ça aurait été trop simple de la laisser pendant le samedi-dimanche chez nous et attendre le passage du camion à ordures (l’honnêteté m’oblige ici de préciser qu’invariablement, quelque soit le quartier de la banlieue populaire d’Athènes où nous étions installés – on déménageait en moyenne tous les 2 à 3 ans – on avait à faire face à des cafards ou blattes. Ceux qui en ont eus savent combien il est difficile de se débarrasser de cette saloperie de bestiole, capable de survivre 9 jours sans tête).

Prenant donc exemple sur les autres citoyens (dont 80 à 90% du reste provenaient de villages où ils n’avaient connu ni eau courante, ni électricité, ni asphalte), et voyant les routes jonchées de déchets et de sacs à provisions en plastique transformés en poubelles, ma mère en faisait autant. D’un geste, qui aurait pu être auguste en une toute autre circonstance, elle balançait par la fenêtre de la R16 roulant à vitesse moyenne, la poubelle de la semaine sur le bas-côté.

Je suppose que pas mal de pays méditerranéens en faisaient autant, dans les années 70. Du moins, ceux qui jouissaient du luxe d’être motorisés, voiture ou tricycle – ils étaient nombreux à cette époque[3].

J’avoue que, confusément, je ne me sentais pas particulièrement à l’aise de cette pratique ; absolument pas consolé de voir que d’autres l’exerçaient manifestement régulièrement. Mais mes protestations, bien que faibles, n’avaient aucun poids face à la logique des cafards. Et mes parents n’allaient pas se laisser enquiquiner par un merdeux de 15 ans, même s’il était la voix de la raison.

Un jour, même, mon père a balancé une poubelle dans la mer. A ma protestation - en lui montrant les déchets ramenés par le flot sur la plage – mon père répondit : la mer nettoie tout. C’est sans doute cette croyance que professait le paysan menant ses chèvres se laver dans la mer, pas loin de l’endroit où nous baignions ; solution présentant l’avantage que du sel viendrait se fixer de la sorte sur le poil caprin, or l’on sait que ces bestioles aiment le sel.

Plus tard, quand je me suis retrouvé livré à moi-même[4], j’ai répugné à cette coutume malpropre et incivile. Plus tard encore, sillonnant les routes de France et de Navarre[5], je jetais mes détritus sur le tapis de la place du passager, ou à l’arrière, quand ma chienne se trouvait à l’avant, pour nettoyer et vider ma « poubelle » - c’était le cas de le dire – le week-end. Cela m’a valu pas mal de critiques et de quolibets. Je m’en foutais. Chacun fait-fait-fait c’qui lui plait-plait-plait[6]. Aujourd’hui toujours, ma bagnole ressemble à une poubelle. Je préfère être que paraître.

Pour revenir au sujet du plastique. Cela fait des années que le recyclage a été mis en place, bien après l’instauration de la taxe afférente[7]. En région parisienne, je mettais tout ce qui me semblait recyclable dans la poubelle jaune, je ne me posais pas de questions. En Alsace, pareil pour la poubelle jaune ; il y avait en outre des conteneurs spéciaux pour les récipients plastiques. Depuis le début de l’année, dans ma commune du trou-du-cul du monde, une infographie nous a informés qu’on pouvait désormais balancer plastiques divers et barquettes dans le fameux conteneur jaune.

J’avais lu et vu des reportages au sujet de vêtements polaires ou techniques fabriqués à partir de PET recyclé, et ce depuis fort longtemps. A noter également que, fin des 80, l'emballage des livres-cassettes que mon patron commercialisait était fabriqué à partir de plastique recyclé, teint en noir, moins cher qu'une première fonte.

Aujourd’hui, je découvre l’article dont le lien figure ci-bas. Je suis troublé. Qui croire ? qu’en est-il ?

 

[1] « Il voulait être César, il ne fut que Pompée » allusion au goût du président pour le faste et à la fellation qui provoqua prétendument sa mort. Cette phrase de Léo Campion a été attribuée également à Georges Clemenceau, qui ne l'aimait guère Ce dernier aurait également déclaré à cette occasion : « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui ».

La rumeur populaire colporta que c'était une fellation prodiguée par sa maîtresse qui avait provoqué un orgasme fatal, ce qui valut à Marguerite Steinheil, une demi-mondaine, le surnom de « la pompe funèbre ».

[2] Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente… Georges Brassens

[3] Voir le film « Z » de Costa Gavras, où le député Lambrakis fut assommé par un sbire posté sur le plateau arrière d’un triporteur.

[4] Ce qui n’a guère tardé, me voyant virer par mon père un soir où il était encore bourré comme coing, au lendemain de mon bac. Je n’avais pas 18 ans. - Mais c’est une autre histoire.

[5] Sur une moyenne de 80.000 bornes annuelles.

[6] Chagrin d’amour ; https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=03SIP6Bayj4

[7] Voir mon post, où je vitupérais contre cette pratique, surtout l’absence de contrôle officiel ; ainsi que le fait que les pays occidentaux s’en débarrassent à bon compte dans des pays « en voie de développement » - je le répète, outre que c’est immoral, c’est dégueulasse, même si - ou plutôt a fortiori parce que - économiquement  rentable ! Voir aussi le 1er lien.

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