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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Grenade

Publié le 30 Mars 2021, 02:15am

Grenade

Si je vous dis ce mot, que vous évoque-t-il ?


- Pour la majorité des gens, notamment les jeunes, fans de « wargames », il évoquera spontanément la grenade explosive, celle qu’on balance sur la tronche des ennemis avant de les fusiller à coup continuel de mitrailleuse, vidant son chargeur, ce qui évite de prendre le soin d’avoir à viser.
- Pour certains, fans d’exotisme (la non appétence aux produits industriels relève de cette catégorie), et notamment les végétariens, végétaliens, frugivores et autres vegans de tout poil, ou alors tout simplement adeptes de produits sains, naturels, et goûteux, il évoquera ce fruit qui, arrivant à maturité, se teinte violemment de rouge avant d’exploser pour répandre ses graines pulpeuses que l'on nomme les arilles ; à la manière du machin cité plus haut, et auquel elle a donné son nom (et l’idée).
- Enfin, pour les poètes, les hispanisants, ou autres férus de culture mozarabe, le mot évoquera la ville de Grenade en Espagne (à noter qu’il existe une autre ville, homonyme, située en Haute-Garonne ; elle se situe à 25 kilomètres de Toulouse et de Montauban, et à mi-chemin entre Albi et Auch). Mais, je l’apprends à l’instant, Grenade est aussi un pays des Antilles. Sa capitale est Saint-Georges.
Cet État insulaire de la mer des Caraïbes comprend l'île de la Grenade, l'île Ronde, l'île de Carriacou et l'île de Petite Martinique, toutes situées dans la partie méridionale de l'archipel des Grenadines. En y incluant les îles désertes, le pays possède une superficie de 350 km2. En 2015, on comptait 110 694 habitants. La langue officielle en est l'anglais.
L'île de la Grenade est située à moins de 150 kilomètres au nord des côtes du Venezuela et de Trinité-et-Tobago. L'île de Carriacou est à quelques kilomètres au sud de l'île d'Union de Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

Mais, me direz-vous, pourquoi cette question ? Est-ce un nouveau quizz ? Et une nouvelle mode que je cherche à instaurer là ?
A quoi je répondrai que pas du tout. Et que que j’ai volontairement laissé planer la polyvalence du mot, pour ouvrir à l’esprit toutes les possibilités. En ce qui concerne mon ex-femme, car finalement c’est d’elle dont il s’agira ici, la deuxième notion n’aurait fait que l’effleurer, après réflexion bien sûr, tant les grenadiers sont arbres rares en Dauphiné. Quant à la troisième, étant germaniste, il serait présomptueux de penser qu’elle pût y penser – a fortiori pour la ville haute-garonnaise ; ne parlons pas du pays caraïbe.

Quel rapport entre mon ex-femme et la grenade-fruit ? Quasiment aucun, si on ne comptait que sur elle. C’est du boulot, vous comprenez, d’éplucher, séparer les arilles de leur rafle où une sorte de pédoncule les rattache, enlever l’enveloppe translucide (le sarcotest, parait-il), ça prend au moins… allez, 5 minutes par fruit ? Ben non, madame n’avait pas le temps. Puis bon, vous comprenez, c’est pas un fruit par de chez nous aussi, hein. Puis, en plus, parfois c’est un peu acide, alors il faut sucrer…
En clair, si je ne me tapais pas le boulot, jamais elle n’en aurait mangé. Mes fils non plus – parce qu’il ne faut rien attendre d’eux, avec un tel exemple.

Mais la grenade n’est que la face émergée de l’iceberg. En quelques quinze années de vie commune – et ce n’a pas vraiment été un fleuve tranquille -, jamais je ne l’ai vue cirer ses chaussures1, ni même raccomoder un vêtement, une chaussette. Sans doute parce qu’elle ne savait pas. Peut-être parce que, fille unique, élevée de surcroît par sa grand-mère, on ne lui a jamais appris. Et puis, hein, à quoi bon se casser la nénette, quand il suffit d’acheter puis de jeter de l’autre côté ? (des écono – quoi, vous avez dit ?)

Mais ça allait quand même plus loin. Pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin, quand on peut se simplifier la vie ? Quand les nains sont nés, pas question de se faire ch… euh, s’enquiquiner à nouer des lacets, à fermer des boutons de chemises. Résultat ? Mes fils n’ont jamais mis la moindre chaussure ni basket à lacet, tout à scratch. Oui, et alors ? Me dira-t-on. Pensez-vous que des scratches tiennent aussi bien le pied dans une chaussure que des lacets ? Conclusion : tous les deux sont passés par un orthopédiste.
J’avais acheté une jolie paire pour mon aîné. Il n’a jamais voulu la mettre, et sa mère n’a jamais voulu l’y contraindre – voyez-vous, faut pas les obliger, les petits choux, ça leur forge des traumatismes à vie. Le pied ayant grandi, j’ai été contraint de donner, la rage au coeur, la paire – neuve. Qu’au moins elle serve à quelqu’un d’intelligent un minimum, ne voulant pas la jeter.

Pour les chemises, c’est pareil. Même maintenant qu’ils sont majeurs, et largement aptes à insérer un bouton dans une fente, ils sont constamment en T-shirt ou en sweat. Il n’y a pas mort d’homme, certes, mais c’est une mentalité qui me démonte.

Quand elle faisait la cuisine, il fallait, comme le reste, que ce soit vite fait : des sachets, des préparations toutes faites, du surgelé. Ou alors des plats aisés à préparer. Pas question qu’elle se coltine des heures de pluche (ou à mijoter) comme je le faisais, pour préparer des soupes savoureuses – remarque, je ne me plains pas, mon lapin était ravi de l’aubaine ; et il savait que la soupe viendrait derrière. Je récupérais toujours son bol immaculé, allez savoir pourquoi.

C’était tout à l’avenant. Et puisqu'on parlait de chemises. Ayant décidé un jour que le repassage ne convenait pas à sa dignité, elle emportait le linge chez sa mère, qui le faisait repasser par une femme de ménage, ravie d’avoir quelqu’un sous la main pour discutailler, lui raconter sa vie, des conneries quoi. Résultat ? La femme de ménage, sachant que la belle-doche n’y voyait goutte, repassait sur son temps de travail rémunéré, et embarquait des chemises quasi neuves, lavées et repassées, qu’elle refilait à ses fils. Economie sur toute la ligne.
Et pas moyen de dire quoi que ce soit. Si je l’ouvrais, j’avais droit à un : « t’avais qu’à les repasser, toi2 ! »

Aujourd’hui, les mômes sont au chomdu, affalés dans leur plumard ou devant leur PC, à faire des jeux débiles consistant à dégommer des armées virtuelles ennemies. Tout en conversant en ligne avec leurs copains, chômistes comme eux.
Mais je vais m’arrêter là. Non que je n’ai plus rien à dire, mais je sens que ça me prend et que ça monte, et je ne veux pas m’énerver en pure perte, Car, avec mon ex, j’ai appris quelque chose : c’est qu’il est plus facile de faire bouger un mur que de l’amener à changer d’avis.

(1) Ne parlons pas des miennes ! C’est moi qui me les coltinais, au début, en plus des miennes.

(2) On pourra en effet s'étonner - et à juste titre - que je n'aie pas participé plus aux soins du ménage. D'une part, en ce qui concerne la cuisine, et j'en ai déjà parlé, je me trouvais face à 3 gueules tirées, car on n'appréciait pas ma tambouille - trop exotique, voyez-vous, même si ce n'était pas foncièrement mauvais. Ensuite, après une dizaine d'heures à me faire chier à l'autre bout du département, et environ 2 à 3 heures de trajet quotidien (le boulot de ma femme était à 5 minutes), on a peut-être le droit à un peu de repos. Enfin, comme elle apportait toujours des solutions qui lui convenaient, me les présentant comme confortables pour moi, j'ai petit à petit été exclu du noyau décisionnel – ou je me suis laissé faire.

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