Ça faisait un moment que j'avais envie d'aborder ce sujet.
Écrire, presque tout le monde le peut. En théorie. Du moins, ceux qui ont appris à lire et à écrire - ce n'est pas une plaisanterie, il existe encore des gens qui ne savent pas le faire, sans être toutefois victimes d'une quelconque infirmité[1].
« Écrire, c’est pas difficile ; c’est écrire quelque chose d’intéressant qui est difficile » disait un personnage du film Les Choses qu’on dit, les Choses qu’on fait, que j'ai vu hier. Et pourtant ! Combien ont cette angoisse de la page blanche, à se trouver archi-secs, alors qu'ils devraient exprimer une demande, un besoin, une plainte, une réclamation. Et je ne parle pas ici du flic qui tape à deux doigts sur sa machine à écrire ou sur son PC portable, avec au moins une faute à chaque phrase, qui ignore des mots basiques du vocabulaire, et le cache derrière des formules ronflantes et creuses, qui en font accroire - ou du moins qui voudraient le faire...
J'ai lu, il y a quelque temps, qu'environ un tiers des Français écrivaient. Des nouvelles, une autobiographie, des poèmes, plus récemment un blog. Ce qui faisait dire à je ne me souviens plus de qui : en somme, il y a plus de gens qui écrivent que ceux qui lisent. Assertion frappée au coin d'un faux calcul. Cette personne se référait certainement aux ventes de livres. Or il y a tant d'autres modalités possibles pour découvrir un ouvrage.
Le premier d'entre eux, est le prêt, que ce soit à un parent, un ami, ou à une bibliothèque. Ou tout simplement la lecture "sauvage" ; qui n'a pas déjà vu ces jeunes, assis à même le sol d'une FNAC ou d'une grande librairie quelconque, et dévorant à grands yeux avides une BD ? - une forme d'écriture après tout, associant l'image ; dieu sait le nombre de niveaux de lectures d'un Astérix par exemple, entre celle d'un gamin de 7 ans et celle d'un autre gamin de 77 ans. Ajoutons à cela une mode plus récente, celle du "livre voyageur". Abandonné sur le coin d'une table, au chevet d'un lit d'hôtel, dans une cabine téléphonique (enfin, du temps et là où il en restait), ou dans des logements étudiés spécialement à cet effet, le livre va connaître un nouveau maître, susceptible de le céder à son tour, et ainsi de suite.
En second lieu, il y a (eu) le livre audio. De 1988 à 1992, j'en ai vendu ainsi, des livres-cassette ( à l'époque, le CD balbutiait) ! Il continue son bonhomme de chemin. Mais je persiste à croire que son "lectorat" ou auditoire est somme toute assez restreint, principalement à des gens empêchés pour une raison ou une autre de tenir en main un "vrai" livre, fait des odeurs de papier, d'encre, de la sueur des intervenants de la chaîne, et des espoirs de gloire de l'auteur, entretenus souventes fois par des éditeurs peu ou prou scrupuleux, - surtout ceux qui vous vendent les "services" à prix d'or de l'auto-édition.
En troisième lieu, il y a enfin le livre numérique, en format epub, PDF, kindle, ou tout autre format propriétaire. Annoncé comme une révolution dans le monde de l'édition, il est somme toute resté à la marge. De par les contraintes matérielles qu'il suppose et impose, de par son affichage, plus ou moins agressif pour les yeux, de par le poids de l'habitude enfin. Moi-même, si j'en lis et en publie, de ces livres numériques, ce n'est qu'un pis-aller ; je préfère vraiment l'ouvrage en sa forme traditionnelle - et nombreux me semblent ceux qui pensent comme moi.
Beaucoup de gens, disais-je, écrivent. Peu l'avoueront, mais nombreux sont ceux, femmes surtout mais hommes aussi confondus, qui tiennent un journal intime. Bien évidemment, ce n'est pas de la haute littérature, mais cela participe de l'activité, de l'effort d'écrire. Ces écrits ne sont que fort rarement destinés à être publiés, aussi la forme en est-elle souvent relativement négligée, le message primant sur la forme du contenant.
10% d'inspiration, 90% de transpiration, disait Victor Hugo. Certes. Oui, mais voilà : ce brave Victor, si prolixe, était surtout poète - il nous en a laissé, des fleuves ! Il y a eu, outre lui, des pisse-copie : je pense à Ponson du Terrail, Eugène Sue, notamment, car il y en a eu tant. Je ne sais, dès lors, si les proportions hugoliennes, plus draconiennes que le principe de Pareto, leur ont été appliquées.
Certains élaborent un plan : comme pour la dissertation dialectique : thèse, antithèse, synthèse / dépassement ; analytique : description/explication d’un situation, analyse des causes/illustration, analyse des conséquences/commentaire ; thématique : réflexion sur une ou plusieurs notions pour répondre progressivement à la question du sujet en présentant différents arguments de manière ordonnée.
Quant à moi, c'est un principe, j'ai choisi de me libérer de ce genre de contraintes. Adepte du surréalisme, de son écriture fantaisiste ou automatique, je poursuis dans cette voie. Foin donc des plans, de l'ordonnancement, de la tyrannie de la cohérence. Je pars d'une idée, parfois d'un titre, comme aujourd'hui, puis je chemine. Inévitablement, me connaissant, des chemins de traverse s'ouvriront à moi. Contrairement à tous ces gens qui prétendent se discipliner pour rester dans le sujet, j'estime que ces digressions constituent un enrichissement, m'amenant à explorer de nouvelles facettes ; c'est mon concept de sérendipité. Ainsi, parfois - souvent - j'atterris dans des horizons insolites, voire incongrus. J'en suis fier, car j'ai rajouté un haricot dans mon sac, comme on dit chez moi.
Mais, d'autres fois, j'ai une idée de départ, une idée de mon arrivée, et quelques-unes à aborder en chemin. Je rejoins ainsi les schémas classiques, mais sans passer par le corset du plan. Ainsi, les proportions hugoliennes ne sont-elles pas forcément inversées, mais j'aspire à un honnête 50/50. Car l'écriture, quoi qu'on en dise, et même pour moi qui ai eu la plume facile depuis ma tendre enfance, selon la remarque de mon instit de l'époque (CE2 - CM1, je l'ai eue 2 ans d'affilée), est un effort, un investissement de l'être ; et, à ce titre, trop rarement récompensée. C'est pourquoi je remercie mes lecteurs, qui me suivent dans mes pérégrinations fantasques sur ce blog, et encore plus les lecteurs des ouvrages que je publie, qui me rétribuent de cette somme d'heures passées pour leur offrir quelques instants de plaisir.
[1] A ce titre, soit dit en passant (je me répète sans doute – la sénilité précoce…) le service militaire n’était pas totalement inutile. Outre d’autres bienfaits qui n’ont pas lieu d’être développés ici, au cours des « 3 jours », on mesurait le taux d’analphabétisme des jeunes. Et il faut dire que, dans les années 80, il était encore grandement conséquent. Je reste persuadé qu’aujourd’hui, où on distribue le bac à 95% d’une classe d’âge, et au vu des écrits de certains diplômés du supérieur et autres universitaires, le taux ne semble pas avoir beaucoup reculé ; on a simplement des ânes savants.
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