Suite à la publication de mes deux récents ouvrages « Histoire et Avantures de Milord Pet » et « Eloge du Pet », j’en ai envoyé une épreuve à ma fidèle amie et dévouée traductrice.
Dans sa réponse, j’ai cru discerner un léger voile de reproche : « Intéressant qu'il y ait tant à dire sur le pet ;) ». Je ne vais pas m’excuser ni me justifier, ça ne me ressemble pas, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer.
Je constate simplement que le pet est classé comme une incongruité, tout comme le rot son cousin, par la bien-pensance, et au même titre que la pornographie – à moins que ce ne soit pour mater en tapinois et se faire du bien. Peut-être à cause de son origine, et sa proximité avec les matières fécales – mais, comme disait l’autre, c’est donc que Dieu est aussi un piètre architecte, d’avoir créé le corps féminin avec la salle de jeux trop proche des chiottes… Cela fait partie de ces hypocrisies que je ne me lasserai jamais de dénoncer.
Il va de soi que j’ai, comme tout un chacun, reçu une éducation - qui est ce qu’elle est -, et que je sais me tenir. Je conçois également que si chacun se laissait aller à exhaler ces humeurs (remarque : après tout, il y en a bien qui te soufflent leur halitose en pleine tronche, et ne s’en privent d’autant moins qu’ils voient que vous vous reculez), cela pourrait poser quelques petits désagréments dans le commerce social. Mais enfin, il y en a bien aussi qui arborent des tatouages et autres piercings1, après tout, ou des crinières apaches, des blousons cloutés ou autres excentricités, qui ne me mettent pas forcément très à l’aise – mais le sont-ils bien, ceux qui nous provoquent ainsi gratis, et revendiquent par là leur « identité » prétendument unique ?
Néanmoins je considère que c’est une question de mesure. Tout comme l’usage de la langue parlée, de l’argot, en contrepoids du parler technocratique pseudo-scientifique ou prout-prout de la bourgeoise du 16ème (et j’en ai connues, des comme ça ; en dehors du langage châtié - voire châtré – et du balai bien profond dans le cul, ça ne vole souvent pas bien haut, surtout en boucle sur tous les lieux communs, ces sujets qui ne fâchent personne).
Car, si le sujet fait « rifougner »2, on constate tout de même que des écrivains, et parfois pas des moindres, se sont penchés sur la question. Évoquons pêle-mêle le grand François Rabelais, Serge Gainsbourg avec son Evgueni Sokolov, Hurtaut avec son Art de péter en 1751, repris par de nombreux auteurs tels Mercier de Compiègne (Eloge du Pet), ou l’auteur anonyme du libelle Peteriana (XVIII° siècle également) ; plus près de nous Apollinaire avec ses Onze mille Verges, etc.
A signaler également le He-Gassen, ou Bataille des Pets, une œuvre d'art japonaise qui se présente sous forme de rouleau. Elle a été créée au cours de l'époque d'Edo par un artiste inconnu. Le parchemin a été numérisé par la bibliothèque de l'Université Waseda. Ce rouleau et d'autres similaires ont été créés en réponse à l'augmentation croissante du nombre d'Européens au Japon pendant l'ère Edo. L'emaki représente des personnages, la plupart masculins, dans divers états de dénuement, pétant en direction d'autres personnes, d'animaux et autres objets. La métaphore est probablement une référence à la xénophobie rampante du shogunat Tokugawa.
Il n’empêche également que des scientifiques, des vrais, se sont penchés sur la question. Ainsi, on apprend alternativement, grâce aux articles vulgarisateurs des magazines féminins, que tout le monde pète ; que l’on produit entre 0,5 et 2 litres de gaz3 ; que c’est signe de bonne santé parce que ça prouve que notre flore intestinale fonctionne correctement ; enfin qu’il est même bénéfique d’inhaler les pets de son partenaire – outre que ça renforce les liens affectifs (lol), les vapeurs sulfurées qu’ils contiennent présenteraient des avantages4.
De même, les scientifiques ont analysé la momie de l’homme préhistorique retrouvé dans les Alpes, Ötzi, souvenez-vous, cet homme momifié naturellement (congelé et déshydraté) découvert fortuitement le 19 septembre 1991 à 3 210 mètres d'altitude, dans le val de Senales en Italie, à 92 mètres de la frontière de l'Autriche5. Or, on a non seulement disséqué son estomac et ses intestins pour analyser son bol alimentaire – ce qui, somme toute est assez normal dirais-je dans le cadre de recherches anthropologiques – mais, j’ai souvenir d’un article de l’époque affirmant que les scientifiques avaient trouvé des traces de sperme dans son anus6. Que cela résulte de mœurs personnelles ou qu’il ait été sodomisé après sa mort, qui aurait été violente suite à un conflit, peu me chaut, au fond ; c’est plutôt l’utilité de cette quête et l’exploitation de l’information qui m’interrogent.
Donc, le pet, hein. D’autant plus que nous nous trouvons quasi quotidiennement confrontés à des informations ou des propos scabreux – comme ce député lançant des remarques salaces à une femme en pleine assemblée ; comme si c’était le lieu et le moment (mais cette législature nous a préparés au pire avec ces gens, et chaque jour, le pire arrivé, suivi d’un encore « plus » pire le lendemain… mais nous sortons du sujet -quoique, pour un pet…).
J’avoue que le sujet m’a personnellement bien fait rire, découvrant des anecdotes croquignolesques que je vous fais ainsi partager si vous le voulez bien. Mais ce qui est notable et quasi louable, c’est les circonvolutions langagières pour parler du sujet sans trop choquer la « décence ». Il est ainsi certaines tournures, qui valent leur poids de cacahouètes. Enfin, cet intermède7 a été bienvenu pour moi, suite à une période de stress du à une situation personnelle fort délicate, puis un (sur)investissement intense en fin d’année.
Ite missa est. Allez en Pet !
1Il faudra que j’en fasse un sujet à part entière un jour.
2Terme vernaculaire dauphinois à propos de quelqu’un qui ricane bêtement qu’employait mon ex, qui faisait ses courses chez Le Gloss (Leclerc, par analogie avec le terme signifiant l’éclair)...
3Je pense que certains, comme mon père, avaient une production bien plus conséquente !
4J’ai ainsi eu l’occasion de découvrir une paraphilie que j’ignorais jusqu’alors : l’Éproctophilie, excitation sexuelle provoquée par les flatulences du partenaire. En rigoler, oui, mais s’en exciter, comment dire….
5https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%96tzi
6Je n’ai pas retrouvé trace de l’info, qui m’avait interpellé à l’époque, mais peut-être qu’en cherchant bien...
7Rappelons aux esprits chagrins les sources grecques et romaines de la comédie, pas toujours du goût le plus fin, mais où Bacchus et Pan le partageaient parfois avec le dieu Crépitus – parmi d’autres privautés. Puis nous avons un autre monument cinématographique, bien plus proche de nous, qui n’a pas grand-chose à remontrer à notre sujet : La Grande Bouffe, avec un beau palmarès : Piccoli, Noiret, Mastroianni, Tognazzi….
/image%2F4795555%2F20210108%2Fob_ed65f0_h4568-l136597172.jpg)