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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Résolution de problèmes (suite)

Publié le 14 Janvier 2021, 19:52pm

Résolution de problèmes (suite)

Nous avons vu l’autre jour un problème abordé par l’ENA. Si le corrigé proposait une solution à la fois simple et logique, ne perdons pas de vue qu’il a été demandé aux élèves de faire preuve d’inventivité, et donc de créativité. À ce titre, certaines des copies relevées dans le dossier  sont de véritables pépites, et je m’empresse de vous en livrer quelques-unes ici, persuadé que en resterez aussi béats que moi, face à tel déploiement de génie, dont certaines – avouons-le – ne manquent pas non plus de poésie.

1/ Les formes géométriques pures, telles que le cercle, le triangle, ou encore le carré, n’existent pas à l’état naturel. Par principe donc, ce problème est irréel, et ne mérite donc pas de perdre du temps à le traiter. (Nota : notre candidat fait preuve d’un manque flagrant d’imagination, voire d’un esprit borné. Gageons qu’il accédera à une quelconque responsabilité répressive, où il pourra développer tout son talent - un ministère, peut-être ?)

2/ La première chose à faire, et surtout avant tout, est de créer un numéro vert. Pour évaluer et canaliser l’éventuel stress des Français. Cette solution comporte un double avantage – voire triple. D’une, il démontre aux Français que nous veillons et sommes au plus près de leurs préoccupations. De deux, il crée à la fois des emplois et du chiffre d’affaires à des prestataires, notamment téléphonique. Enfin, de trois, il permet de différer sine die le problème, voire de l’enterrer. (Nota : il ira loin, celui-ci)

3/ Pour ma part, je préconise la création d’un Conseil Scientifique, pour étudier à fond la question (le temps que la vague passe, et qu’on l’enterre). Parallèlement, on pourra créer une Commission, laquelle se réunira pour créer autant de sous-commissions que nécessaire, vus les aspects. Réunions qui désigneront des experts, puis des rapporteurs, des sous-rapporteurs, etc (voir ci-haut pour l’enterrement). L’avantage de cette solution est qu’elle permet de caser les petits copains qui, sans cela, seraient au chômage, ou obligés d'exercer leur talent dans une administration quelconque, où ils s’étioleraient en vain.

4/ Si cela ne suffit pas (rajoute un autre, qui n’a certainement pas copié sur son voisin), on pourra prendre attache d’un Cabinet de Conseil. Plus on le paiera cher, et plus on pourra supposer qu’il est efficace. Le plus important, du moins, en étant d’en persuader les Français. Au passage, si on pouvait aider quelques camarades dans la mouise, ou leur fournir des prébendes, ce sera une bonne action de solidarité entre nous autres. De plus, un nom illustre pourra également servir de caution, de gage de sérieux.

5/ Le plus simple, dans ce genre d’affaires, est de ne pas prendre de réelle décision qui nous engagerait irrémédiablement. Je recommande donc de déclarer, de la manière la plus catégorique qui soit possible, une chose – n’importe laquelle, cela est en définitive de peu d’importance. Le lendemain, faire une déclaration à l’extrême opposé. Si des réactions – inévitables au demeurant – venaient à se manifester, préciser que les gens n’ont pas compris notre pensée profonde, et – très important !- rappeler qu’on œuvre pour le bien collectif. Continuer ainsi jusqu’à totalement embrouiller les esprits, de manière à avoir les mains libres et les coudées franches.

6/ Pour ma part, mon expérience m’a prouvé qu’il faut, au plus tôt, détourner les yeux et l’esprit du problème, pour les diriger vers d’autres préoccupations – au besoin, en inventer. Ne pas parler d’un problème, c’est nier son existence. Un problème nié est un problème qui n’existe pas, comme dirait La Palice. En amusant ainsi continuellement les gens, on les amènera à s’occuper de questions futiles (panem et circenses…), nous laissant enfin nous occuper d’appliquer notre programme en toute quiétude.

7/ Une solution, à mon avis, satisfaisante, consisterait à porter l’origine du problème, ainsi que sa résolution, sur un plan métaphysique. Une volonté supérieure, divine, sur laquelle on n’aurait absolument pas barre. Comment lutter contre cela ? La prière. Et l’attente. L’espoir accomplit parfois des miracles.

8/ Du temps où les soviétiques sévissaient sur une partie de la planète, ce qui n’était pas expressément prévu dans le Plan Quinquennal était reporté à la période suivante. En attendant, le problème se tassait souvent tout seul. Une alternative, ou variante, à cette méthode consisterait à se décharger de toute responsabilité sur une instance supérieure, type Europe....

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