Hier soir – ou plutôt ce matin – vers les 3 heures, j’ai bien vu en fermant mes volets les flocons recouvrir la chaussée, reconnaissant le bruit si caractéristique des pneus les transformant en soupe semi-liquide. Ce matin, un matelas immaculé d’une dizaine de centimètres recouvrait la campagne alentour, ainsi que le toit de ma courette. Le soleil était de sortie, et à la fonte inévitable succédera cette nuit le gel, le ciel s’étant débarrassé des nuages qui maintenaient encore un peu les températures montant du sol.
Et mon esprit survolté de gamin attardé mouline à tours de petits bras ; affluent les souvenirs , stimulés par les récentes images de la Grèce sous la neige, ou encore de Madrid sous un épais manteau d’une trentaine de centimètres. On nous avait assurés que les températures allaient grimper suite à la pollution causant les dérèglements climatiques. Certes, pollution il y a, incontestablement. Mais, par ailleurs, le trou dans la couche d’ozone se serait refermé, parait-il ; ce qui est une bonne chose. Maintenant, en balance, on a le Pôle qui se serait également déplacé, engendrant des déséquilibres (le nord, évidemment, on précise rarement – quoique, conséquemment et en toute logique, son antipode a dû suivre le mouvement – sinon, tout ça va nous donner un beau merdier).
Pour le Gulf Stream, ça fait des lustres qu’il ne baigne plus nos côtes, semble-t-il. Alors quoi ? Aura-t-on des étés caniculaires et infernaux, pour des hivers sibériens ? A propos de Sibérie, tiens, puisqu’on en parle : le permafrost et le pergélisol fondraient à la vitesse d’un TGV fou, libérant les gaz, carbonique notamment, ainsi qu’une foule de particules diverses et de virus qui y étaient emprisonnés (tu vas voir qu’on va nous prétendre bientôt que c’est là que le pangolin aurait chopé son covid, ainsi que les variants anglais et africain actuels).
Bref, l’affaire me semble bien mal barrée, d’autant plus que des documents circulent, affirmant que des vaccins contre le covid-19 avaient été commandés dès...2018 ! (va vérifier, avec les manipulations de l’info, et les images photoshopées). De l’autre côté, on a un soi-disant Grand Argentier qui subventionne les grandes entreprises, tandis qu’ils ferment les commerces locaux et confinent les gens, de peur qu’ils ne prennent l’apéro en réunion ! (tu vas voir qu’ils vont bientôt nous inventer un nouveau délit d’apéro en réunion…). Bref, l’arsenal se fait d’autant plus volontiers répressif que les arguments rationnels manquent, comme toute autre forme de pensée intelligente dans cette bande de bras cassés.
Hou là ! Mais nous sommes très loin de mon sujet et des neiges d’antan…
Je me souviens donc que, dans la fin des années 60, en Alsace, mon père m’avait une fois mené à l’école en voiture – d’habitude je parcourais le trajet à pied -, car il y avait une couche d’au moins 60 centimètres. Même qu’il m’avait porté pour franchir la congère.
Plus tard, pendant mes 12 années grecques, je n’ai vu la neige que 3 fois. Toujours cette excitation électrique qui fourmillait en nous, et attirait invariablement nos regards vers les fenêtres de la classe, au grand désespoir du prof dont cela perturbait le cours. Mais nous étions fascinés par ces flocons insolites dans un ciel habituellement d’azur, parfois gris ; puis par leur sort inéluctable : être transformés, en touchant le sol, en eau et, piétinés par les voitures, en une boue sonore, fchhh, fchhh. Elle ne durait jamais autant que la journée – du moins à Athènes. Dans le nord de la Macédoine, en Thrace ou encore en Épire, c’était autre chose.
Puis j’ai vu par la suite pas mal de neiges, puis éprouvé la morsure du gel – avec un moins 28 à l’hiver 84/85, température relevée à la gare de Moulins-sur-Allier. J’ai connu des pluies verglaçantes aussi, et toutes les saloperies sournoises de l’hiver en pleine campagne.
Mais ce que j’aime par-dessus tout, après cette froidure qui me gèle les os et me perclut, c’est la stimulation électrique qui chatouille délicatement et énerve, empêchant de se concentrer. Voir les flocons s’agréger en gros moutons, parfois valsant dans le vent, chutant inexorablement vers le sol. Parfois, les recueillir, tel un gosse, sur le bout de la langue, tandis que d’autres s’écrasent sur l’œil ou le front. Et, toujours, l’impression, le bruit que cela fait quand on marche, que l’épaisseur ouatée se tasse en crissant sourdement, se compactant pour conserver la trace de la semelle ; ou sous la spatule d’un ski, laissant ensuite deux pistes parallèles derrière soi, là où ma chienne gambadait et avançait par bonds, de creux en nouveau creux qu’elle créait, s’enfonçant jusqu’au cou, les titis gelés, mais passablement surexcitée elle aussi, malgré la fatigue.
La sensation de silence environnant, tout bruit étouffé.
L’incomparable sensation de la conduite sur la neige épaisse, dans les petites routes de campagne, où l’on n’entend plus que le bruit du moteur faisant rouler au pas, et, sous les pneus, ce tassement compact, comme sous une presse. Un sentiment ineffable, difficile à décrire, et qui ne se partage pas. Chacun s’emmitoufle en son for intérieur, replié sur ses perceptions, comme le sang qui bat dans vos veines et qu’on perçoit parfois, palpitant dans votre oreille.
La neige qui unit tout, ensevelit tout. Une féerie de gamin de tout âge. Mais aussi un linceul parfois. Je lisais récemment que les rennes, dans les contrées nordiques, ne parvenaient plus à trouver de nourriture par leurs propres moyens ; et que les gens qui les élevaient devaient nourrir de foin et autres herbes ou graines.
Mais où sont les neiges d’antan ! 😏
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