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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Bacri

Publié le 19 Janvier 2021, 17:41pm

Catégories : #Réactions

Bacri

On ne m'enlèvera pas de la tête que certaines morts ne sont pas totalement innocentes.

Jean-Pierre Bacri, je l'aimais bien et le redoutais à la fois. Disons que ce n'était pas le personnage vers lequel je me dirigeais spontanément, comme je l'avais fait avec de Funès, Bourvil, Coluche et tant d'autres. Ben oui, normal, relèvera-t-on, Bacri n'était pas un comique. Il en était même loin.

Les costumes qu'il empruntait étaient ceux de types bougons, taciturnes, râleurs, intellos boboïsant et masturbant interminablement le neurone, avec une once de culpabilité judéo-chrétienne. Il riait jaune, avec des dents pointues, toujours le scalpel à l'esprit.

Il voulait être un anti-héros, certes, mais il y a d'autres façons de l'être, en attirant sur soi les foudres du rire par exemple, comme Pierre Richard. A force de manier le scalpel à tort et à travers, selon moi, il a fini par le retourner contre lui-même. De jouer les personnages en mal-être, il s'en est rendu malade.

Je ne sais pas de quelle sorte était son cancer, malgré quelques recherches sur la toile. Une absolue discrétion là-dessus ; étrange pour des médias qui adorent se vautrer pourtant complaisamment dans les détails intimes, scabreux, voire honteux. Au lieu de cela, le panégyrique promotionnel de ses films, avec mention de ses copains et autres qui pourraient bénéficier des éclaboussures de son talent.

Je n'ai pas approfondi au-delà de 4 ou 5 articles, parce que je ne fais pas profession de fouiller la merde ; et, à la rigueur extrême, peu importe : qu'il soit du cerveau, du coude ou des testicules, un cancer reste un cancer ; une saloperie que notre corps se fabrique et qui le ronge petit à petit dans la douleur et l'amoindrissement. Mon père en est mort, ma belle-soeur en est morte.

Me reviennent à l'esprit (lequel est synthétique, rappelons-le), les propos de Boris Cyrulnik sur la parole, justement, et sur la relation corps-esprit : "Insulter un enfant tous les jours finit par modifier son cerveau. La parole est une caresse, elle a une fonction affective bien plus qu'informative.", dit-il, mais la "parole peut être aussi un piège". Au cours d'une interview, il explique que, contrairement à ce qu'on croyait depuis la théorie de Descartes et son "sum ergo cogito", l'esprit et le corps ne sont pas deux entités séparées, étrangères l'une à l'autre, l'une servant de véhicule à l'autre.

Contrairement à cela, la pensée et la matière se trouvent intimement mêlées, par les neurones, par les atomes, par les combinaisons formulées par les ARN et ADN. L'homme est bien un roseau pensant, comme le formulait Pascal. Pas n'importe quel roseau, mais un roseau pensant, c'est-à-dire une autre espèce de roseau, ni roseau pur (la bête) ni pensée pure (l'ange).

Pour reprendre une autre théorie, moins spéculative celle-ci, et éprouvée au quotidien par les médecins, lesquels concèdent volontiers que "la foi guérit", d'où l'application du principe du placebo. Persuadé que la poudre de perlimpinpin qu'il avale est thaumaturgique - ou l'eau de Lourdes -, le malade va guérir, de lui-même, puisant la médecine dans ses propres forces vitales.

Or, pour revenir à mon sujet de départ, si l'effet placebo est bien connu -et même reconnu par des ânes bâtés tels que mon médicastre personnel qui se prétend matérialiste et scientiste -, son contraire existe également, baptisé effet nocebo. Et je n'ai pas de fondement scientifique là-dessus, ni preuves absolues à avancer, mais je reste persuadé qu'à force d'interpréter des rôles de valétudinaires, de jouer les colères et les bougons, on en finit par retourner des armes psychiques contre soi-même. On ne joue pas impunément avec le feu.

J'ai ainsi toujours été persuadé que le suicide de Patrick Dewaere n'était ni innocent, ni complètement accidentel, à force de jouer des rôles de paumés.

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