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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


Obsolescence programmée

Publié le 19 Juillet 2020, 11:51am

Catégories : #Réactions

Obsolescence programmée

S’il est une chose qui symbolise notre époque débile (dans le sens premier du terme, quoique son acception moderne vaille également), c’est bien l’obsolescence programmée.
L’obsolescence, nous dit le CNRTL, est l’évolution tendant à rendre (quelque chose) périmé. En économie plus particulièrement, il s’agit de la diminution de la valeur d'usage d'un bien de production due non à l'usure matérielle, mais au progrès technique ou à l'apparition de produits nouveaux.
Bref, votre machin, là, il est tout simplement dépassé, périmé. Il peut s’avérer parfaitement opérationnel, voire même extrêmement fiable ou efficace, mais il n’est plus au goût du jour. Par un coup de baguette magique –et la publicité y est pour beaucoup-, il est devenu démodé, ringard.

Il en est ainsi de certaines vieilles voitures, dites de collection, qui sont de vrais bijoux. On me dira qu’elles ne répondent plus aux normes de sécurité ni de pollution. Je vous l’accorde bien volontiers, car c’est un fait objectif, indiscutable. Non moins objective est leur valeur intrinsèque, avec une mécanique de précision, souvent supérieure à celle de nos bagnoles actuelles bourrées d’électronique, et qui passent parfois plus de temps chez le garagiste que sur les routes, à voir le nombre de rappels par leurs constructeurs.

Il en est ainsi également de l’électroménager. Je me souviens avoir lu un article qui relatait un frigidaire construit dans un pays de l’ex-bloc soviétique, et lequel, après bien des lustres (quelque chose comme 40 ans, mais je m’avance), fonctionnait encore comme au premier jour ; son propriétaire n’en avait pas même changé l’ampoule !
Le cartel Phoebus qui a limité la durée de vie des ampoules à incandescence à 1 000 heures dans les années 1920 est l’un des plus emblématiques.
Quand Thomas Edison commercialise ses premières ampoules à incandescence, les fameuses lampes à bulbe, en 1881, elles ont une durée de vie d’environ 1500 heures. Quarante ans plus tard, leur durée de vie moyenne atteint 2300 heures, quand les principaux fabricants d’ampoule, l’américain General Electric, l’allemand Osram, Philips et d’autres, se réunissent à Genève. Ils créent alors une entreprise commune, Phoëbus pour « échanger des licences, des brevets et réguler la production». C’était en décembre 1924. Un an plus tard, l’entreprise donne naissance au « comité des 1000 heures », dont la mission sera de modeler la production d’ampoules. Objectif : que le filament de tungstène ne dépasse pas la durée de vie décidée par le groupement d’entreprises.
Tout simplement parce qu’ils se sont aperçus que, une fois les ménages et les entreprises équipés, les ventes baissaient, du fait du faible taux de remplacement.

Il s’agissait donc d’une mesure purement économique, une des premières offensives du capitalisme.
Depuis 2015, l'obsolescence programmée est un délit en France. Si donc on arrive à prouver que l’appareil acheté fait l’objet d’une obsolescence technique, le constructeur peut se voir condamné (après âpre bataille juridique, où il alignera des bataillons d’avocats face au consommateur lambda, qui devra se ruiner pour aller au bout de sa lutte).
Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont baissé les bras.

Ils ont trouvé la parade. Contrairement à Epson qui avait mis une puce dans ses imprimantes qui limitait le nombre d’impressions possibles, ils cessent de produire le modèle en question, ainsi que ses pièces de rechange. Pas réparable, il faut donc remplacer par plus récent, plus moderne, plus joli en plus, plus mieux bien quoi. C’est l’argument technique.
Ou alors, on t’explique que la réparation te coûtera autant que l’achat d’un appareil neuf, sauf que tu gardes un vieux tromblon. C’est l’argument économique.

L’exemple personnel que je cite souvent à ce propos est celui du vendeur de téléphones portables, qui te demande d’emblée ce que tu attends d’un téléphone. Car manifestement, téléphoner ne semble pas être la fonction première de ces appareils. Ça c’est bon pour les ploucs. Faut donc que t’aies un appareil photo intégré, la fonction internet, radio, bluetooth, wifi,  GPS, plus option pipe au facteur (je l’aime bien celle-là, surtout les yeux ronds du même vendeur quand je le lui annonce)… C’est un minimum !
Parce que telle est leur argumentation désormais. Pour être à la mode, dans le move, il faut posséder le dernier appareil. Et la pub est là pour t’en persuader. Samsung et Apple s’en frottent les mains quotidiennement au vu des chiffres de leurs ventes (pour Apple, leurs marges exorbitantes aussi, tout comme leurs bénefs exonérés –j’en ai déjà parlé, je me répète, je sais. Tu ne voudrais quand même être considéré comme un plouc, un has-been par tes petits camarades, si ?

L’industriel produit, le vendeur vend, l’acheteur consomme, et jette, consomme et jette. C’est ainsi qu’on se trouve avec des montagnes de déchets dont on ne sait que faire. Alors on les refile aux pays du tiers-monde. A eux de se démerder avec.
A nous les bénefs, à eux les problèmes. Ainsi, un nabot politique viendra ensuite pérorer dans ces pays, en leur donnant des leçons de vie –alors qu’il a encore la coquille de l’œuf au cul, comme disait ma mère.

Mais consommer et jeter, c’est bien aussi. Ça oblige les gens à aller bosser pour un salaire de misère, pour acheter des trucs dont ils n’ont pas vraiment besoin, pour se faire valoir auprès de gens qui n’en ont rien à foutre –ou bien alors qui sont aussi cons qu’eux.
Perso, ça fait quelque temps que je suis sorti de ce système de valeurs. Je suis devenu décroissant par les circonstances, et je ne m’en porte finalement pas plus mal. Ça m’a permis de me recentrer sur d’autres valeurs, les vraies.

Pour conclure : j'ai longtemps cru que l'obsolescence avait à voir avec l'amortissement. Il n'en est rien. Ce dernier est une simple opération comptable correspondant à l'usure normale d'un bien et visant à le déduire du bilan en prévision de son remplacement prévisible. Pour une valeur inférieure à 1000€ (de mémoire), l'amortissement peut être immédiat et en une fois. Au delà, sa durée varie entre 18 mois et 5 ans généralement, plus pour des biens exceptionnels.

 

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P
La solution c'est bien la fin du capitalisme. L'attitude du consommateur peut encore changer, ou est il trop endetté ?
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