Début des années 90. Je m’y revois. J’habitais Voiron. Un petit immeuble, dans les hauts de la ville, sur la route de Paladru (direction nord). Un appartement, au 2nd étage, très clair, avec plein de baies vitrées, orienté sud-est.
Malgré ma chienne fidèle, je me sentais affreusement seul. Surtout quand le travail ne m’envahissait pas dans son tourbillon. En fait, une vieille relation se mourait, ne finissait pas de mourir.
Danièle, de 8 ans mon aînée, avec laquelle j’ai filé le parfait bonheur entre 85 et 86, était restée à Moulins. Les 300 bornes de route médiocre qui nous séparaient ne facilitaient pas les choses (l’A40 était en cours de construction entre Mâcon et Bourg-en-Bresse). Et, au téléphone, la discussion virait invariablement au vinaigre.
Au début de la conversation, tout baignait, regret et tendresse. Puis, inexplicablement –du moins pour moi-, entre la 8ème et la 12ème minute, montait l’acrimonie, les reproches, et l’engueulade, m’obligeant à raccrocher. Amer. Avec pour résultat de me sentir encore pire qu’avant d’avoir appelé. Simplement parce que je n’arrivais pas à me mettre suffisamment en colère et la haïr. L’envoyer chier une fois pour de bon.
Confus et honteux, je sentais le délitement, la déliquescence de cette relation au cours de laquelle nous avions partagé des moments si beaux, si forts… Lâchement, me refusant à analyser froidement – ou incapable de le faire ?-, je cherchais. Ailleurs.
J’ai ainsi croisé le chemin de Fabienne, la blonde Annécienne ; Florence, la naïve et potiche Grenobloise d’origine italienne; une infirmière dont j’ai oublié le nom et qui m’a inondé le lit de ses règles abondantes au cours d’une nuit même pas mémorable ; une libraire, amie de mon collègue Bernard B., à Paris (je décris l'épisode dans mon article: Portrait-une libraire). Il y a eu aussi Sandra, ma collègue secrétaire dans la boîte américaine dans laquelle j’ai travaillé, de mars 93 à juillet 94.
Las, soûlé de solitude et de déconvenues, j’avais passé une petite annonce dans un canard du coin. C’est suite à cela que j’ai reçu un coup de fil. Au téléphone, une voix agréable :
- Bonjour, j’appelle pour l’annonce. Je m’appelle X, j’ai 27 ans, 1m 68, 56 kilos, mes mensurations : 90-60-80. Je suis esthéticienne à domicile, et de temps en temps, je fais des extras.
Assailli par ce flot d’informations, surtout certaines inusuelles telles les mensurations, une présentation peu orthodoxe, j’étais en peine :
- Excusez-moi, j’ai peur de ne pas comprendre… qu’entendez-vous par « extras » ?
- Ben, je couche pour de l’argent.
Voilà, c’était dit. Tout mon être s’est cabré. Je ne couchais pas pour de l’argent. Comme j’aime à le présenter : jamais avec des femmes qui travaillent.
A vrai dire, j’ai eu une expérience malheureuse, à 15 ou 16 ans. Un copain m’avait entraîné dans un bordel, à Athènes. Il était passé en premier et, pendant l’attente de la professionnelle, l’angoisse et l’effroi m’ont envahi. Pas franchement laide, la prostituée s’est montrée gentille pourtant, bien que très directive. Jamais je n’ai réussi à bander. J’étais bloqué. Cela m’a beaucoup refroidi sur la question des amours tarifées.
J’ai donc logiquement décliné, parlant de malentendu. Aujourd’hui, avec le recul, je tenterais l’expérience. Quitte à me ramasser une deuxième fois.
