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Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

Sérendipidité & Ultracrépidarianisme

*balades en absurdie - instantanés - portraits - réflexions sur le temps - exalter l'expertologie *


La cantine (το Μαγειρειό)

Publié le 4 Mai 2020, 15:18pm

Catégories : #Témoignages

C'était il y a 40 ans tout juste. J'étais jeune et follement amoureux.

Ma copine de l'époque, avec laquelle j'habitais depuis peu, avait pris l'habitude de faire les courses à la sortie du lycée, à 13h20. Ensuite, nous préparions les plats, nous mangions, puis la vaisselle, avant de se trouver libres de vaquer comme bon on l'entendait.

J'y trouvai plusieurs inconvénients:  1) le temps perdu à faire les courses, cuisiner, puis la vaisselle; 2) une sorte d'obligation de consensus sur ce que nous partagerions comme repas; et 3) la possibilité de restes et leur gestion. Je proposai donc à ma copine, au lieu de ça, d'aller déjeuner dans une cantine non loin de là et que j'avais repérée.

Mais tu es fou, ma parole ! s'exclama-t-elle... On n'a pas les moyens de manger tous les jours au resto ! -Et qu'avons-nous à perdre à essayer ? si ce n'est pas bon ou si c'est trop cher, on arrête l'expérience; sinon, on n'a qu'à y gagner...

Ainsi fut fait. Nous fûmes parfaitement bien accueillis dans ce modeste établissement tenu par deux associés, l'un officiant aux fourneaux, l'autre assurant le service. D'autant mieux qu'ils virent d'emblée que ma copine était étrangère. Ils se mirent donc en quatre pour lui expliquer la composition des plats, qu'on voyait au travers de la glace du présentoir, et dont on pouvait évaluer la composition ainsi que le fumet.

On déjeuna ainsi juste après s'être mis les pieds sous la table. Chacun selon ses goûts, partageant certains plats. Il est évident que ce n'était pas Trois-Gros ni Bocuse, mais quelque chose de simple, roboratif et appétissant. Et, au final, l'addition n'avait absolument rien de rédhibitoire. Calculs faits, ça ne nous revenait guère plus cher que si nous avions mangé à la maison, le plaisir et le choix en plus, le stress et les corvées en moins.

Nous prîmes donc nos habitudes dans cette modeste cantine ouvrière. Toujours bien accueillis, toujours contents. Un jour,

cependant, alors que je choisissais mon dessert, le serveur me fit: "non". Interloqué, je le regardai, insistai "prends autre chose, me souffla-t-il, je t'expliquerai".  Bien qu'un brin séché, j'obéis, puis nous nous installâmes à table, en attendant d'être servis.

Quand il vint, il me donna en s'excusant le fin mot de l'histoire: la crème brûlée que j'allais prendre n'était pas fraiche mais datait de la veille. Il rajouta: pour quelqu'un de passage, ça va, mais vous, on vous connait...

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