Sous les pins. Le soleil est à l’aplomb. Dans l’immensité azurée, pas un seul nuage. A peine un mouton, de temps à autre, qui traverse paresseusement, avant de s’enfuir par-delà la colline, vers l’intérieur des terres. La chaleur coule à flots, les rayons cuisent et dorent. Il doit faire entre 40 et 45 degrés à l’ombre.
Et à l’ombre, il y est justement. Allongé confortablement dans un lit pliant de camping, buste et pieds relevés, bras en auréole autour de sa tête, torse nu, jambes nues, un petit short en tout et pour tout. Livré à la brise marine qui monte de la plage, saute par-dessus les oliviers, puis agite les aiguilles du pin parasol sous lequel il effectue sa sieste.
Autour de lui, tout près, les cigales cymbalisent à qui mieux mieux dans la torpeur générale. Malgré le niveau sonore, on perçoit le froissement des aiguilles qui frottent les unes contre les autres, les branches qui remuent. De temps en temps, une pétarade : ce sont les pignes qui éclatent et s’ouvrent au-dessus de sa tête. Une saute de vent tourne à demi une page de son livre, qu’il tient d’une main molle, les yeux ensommeillés. Dans le quartier a cessé toute activité ; c’est l’heure sacrée. Parfois, un braiment lointain, probablement suite à une piqûre de taon.
La brise caresse ce corps mordoré, chatouille sa peau, joue avec les poils blondis par tout cet excès de soleil. Çà et là, quelques traces de sel du bain pris tardivement dans la matinée, presqu’à midi, sur la plage de galets ronds où les vagues viennent s’écraser et mourir, avant de se retirer avec un chuintement effervescent, entraînant les petits cailloux polis, presque un sable grossier. Les souvenirs des jeux dans l’eau fraîche et mouvante affluent.
Comme tous les matins, avec ses camarades du quartier, ils s’appellent d’une maison à l’autre, bruyamment, avec cette bonne humeur –cette gaieté- propre à la jeunesse et aux périodes des vacances. Puis ils se dirigent d’un pas lent mais léger, sur les chemins de terre poudreuse jusqu’au bord de la mer, à un bon kilomètre de là. Ils devisent, se racontent les nouvelles, plaisantent, une exclamation fuse. Les senteurs montent des champs et des jardins : fleurs, thym, un plan de câprier sauvage où des abeilles butinent mollement. Une mouette fuie en criaillant.
Puis, à destination, ils jettent ou étalent leur serviette, c’est selon, et se précipitent vers l’étendue salée, en perpétuel mouvement. La brise qui commence à se lever et la marée rident la surface, projettent des éclaboussures d’écume. Les filles se figent, se mouillent précautionneusement, tandis que les garçons, fiers de leur virilité naissante et se prenant d’ores et déjà pour de vrais baroudeurs, après un bref élan, plongent depuis la jetée comme des bombes humaines. Les concours de nage, les jets envoyés, échangés, une tête qu’on enfonce sous l’eau en riant…
Puis on sort, un par un, s’allonge sur sa serviette sans s’essuyer, confiant au soleil le soin de les sécher. Là, les confidences battent leur plein, les anecdotes, les plans pour la soirée. Enfin, bien cuits des 2 côtés, affamés, la petite troupe remonte d’un pas las vers les habitations, avant de se séparer pour quelques heures.
